«Scriptarium 2019»: rêver mieux

Polyvalent, Sébastien Rajotte incarne Gaston, un psychanalyste absorbé, parfois dérangé par les confidences de ses patients.
Photo: Jean-Charles Labarre Polyvalent, Sébastien Rajotte incarne Gaston, un psychanalyste absorbé, parfois dérangé par les confidences de ses patients.

« Si vous pouviez écrire l’histoire du rêve de votre prochaine nuit, quelle serait-elle ? » À cette question lancée par Didier Lucien, commissaire de ce deuxième Scriptarium présenté en grande première jeudi dernier au théâtre Denise-Pelletier, une vingtaine d’adolescents répondent par l’amour, la peur, la solitude, la déception, l’absurdité et l’espoir d’un recommencement.

Sur scène, il y a d’abord Louise (fougueuse et splendide Laurence Latreille), adolescente lucide qui met en question la vie, la société, la consommation. Qui rêve d’un monde plus simple et décomplexé, libre de tout carcan. À côté d’elle, sa mère Dolorès — jouée avec énergie et audace par Maude Desrosiers —, femme seule et en manque d’amour dont la vie bat au rythme du réseau de rencontres Tender. Ses rêves deviennent de véritables hymnes à la folie des grandeurs, dans lesquels se côtoient notamment Batman, John Travolta, icônes, s’il en est, de l’homme puissant.

Émanuel Frappier joue quant à lui avec beaucoup de sensibilité le personnage de Caleb, un adolescent qui n’arrive plus à rêver. En deuil de son meilleur ami, ses rêves sont à l’image de sa vie sombre et solitaire. Et, au milieu de cet îlot fragile, se trouve Gaston (polyvalent Sébastien Rajotte), psychanalyste et tendre père de Caleb, absorbé, parfois dérangé par les confidences de ses patients. Ainsi, dans la pénombre d’un bar, le sérieux psychanalyste devient un impétueux dragueur à la hanche décomplexée. Mille et une idées ont afflué des adolescents pour construire cette deuxième mouture du Scriptarium. Mathieu Gosselin, en habile tricoteur d’idées, parvient ici à ficeler le tout et à présenter une courtepointe faite d’amour, de solitude et d’humour. Jouant sur les niveaux de langage, passant de la rime à l’oralité, Gosselin recrée ainsi habilement l’étrangeté du délire onirique.

Fenêtres sur les possibles

Sylvain Scott épouse cette traversée du miroir dans une mise en scène minutieuse, mais sans extravagance, à la fois épurée et signifiante. Le décor — en apparence un simple panneau noir — se transforme au gré des rêves, passant de l’écran géant sur lequel défilent différents paysages, personnages ou motifs psychédéliques à des espaces intimes qui plongent le spectateur dans la tête des personnages. Autant de petites portes et de fenêtres qui s’ouvrent, derrière lesquelles se déploie l’imaginaire de chacun. Au moment où Caleb pense à son ami Ryan décédé (Mike Clay), le visage de ce dernier apparaît en gros plan sur l’écran. En plein centre de sa tête, une fenêtre s’ouvre et laisse voir Caleb. Qui est dans la tête de qui ? L’un et l’autre se répondent, unis dans ce rêve éveillé.

L’enchaînement de chacune des scènes se fait par ailleurs tout en finesse. La musique ainsi que le chant des comédiens participent de cette fusion naturelle entre le rêve et le réel, rythment les confidences de ces quatre humains qui, bien que très différents, restent unis dans cette volonté, cette capacité, non seulement de rêver une vie meilleure, mais d’y accéder. La finale du spectacle est en ce sens portée par l’espérance. Sur fond de Mistral gagnant, Caleb et Louise sortent de leur solitude, pleins d’un amour naissant plus vrai que le rêve.

Le Scriptarium 2019

Commissaire : Didier Lucien. Mise en scène et scénographie : Sylvain Scott Textes : Mathieu Gosselin, avec des auteurs adolescents. Une production du Clou en collaboration avec le théâtre Denise-Pelletier et Les Gros Becs. Jusqu’au 10 mai à Fred-Barry et du 15 au 17 mai aux Gros Becs. Public cible : 13 ans et plus.