Robert Lepage nommé Artiste pour la paix 2019

Le metteur en scène (à gauche) a connu une année tumultueuse avec la contestation de deux de ses pièces.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le metteur en scène (à gauche) a connu une année tumultueuse avec la contestation de deux de ses pièces.

Robert Lepage semblait absolument ravi d’être sacré hier Artiste pour la paix 2019, après l’année tumultueuse, voire « explosive », où deux de ses pièces, respectivement SLĀV et Kanata, ont été contestées par des membres des communautés noires et autochtones du Québec. Le metteur en scène recevait mardi cet honneur au cours d’une cérémonie à Montréal. La directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, Nathalie Bondil, a également été reconnue Amie de la paix 2019, tandis qu’un hommage posthume a été rendu à Pauline Julien pour l’ensemble de son oeuvre.

En entrevue, le président national des Artistes pour la paix, André Michel, a expliqué que le passé récent de Robert Lepage, ou, plus précisément ses deux pièces qui ont fait controverse, soit SLĀV et Kanata, ne devaient pas occulter l’ensemble de son oeuvre. M. Michel mentionnait notamment le fait que Robert Lepage avait auparavant fait jouer des comédiens autochtones et non autochtones dans La tempête de Shakespeare, à Wendake.

Dans son allocution de remerciements, le metteur en scène y est allé d’une certaine ironie, mentionnant qu’Alfred Nobel, avant de créer le prix Nobel, avait été l’inventeur de la dynamite. Reste que Lepage dit avoir beaucoup appris au cours de cette année, notamment sur les limites de la possibilité d’incarner quelqu’un d’autre, à travers le théâtre. Il dit aussi avoir appris que ce sont des gens comme lui, qui disposent de ressources et d’un public, qui doivent faire les pas pour faire avancer la communication et la paix sociale. « C’est sûr que ça fait réfléchir », a-t-il dit.

Il a aussi fait référence au mot « accident », qui en chinois fait référence à la fois aux mots « malchance » et « opportunité ». « Nous, on ne regarde pas en arrière, on regarde en avant », a dit pour sa part M. Michel, qui ne souhaitait manifestement pas s’étendre sur la contestation des pièces SLĀV et Kanata au cours de la dernière année. « Ça n’est pas parce qu’il y a quelque chose qui a accroché dans le passé qu’on doit renier tout le reste. Les gens ont manifesté leur mécontentement [par rapport aux distributions des deux pièces], c’est leur droit et je respecte ça. » C’est d’ailleurs précisément pour les liens que Robert Lepage a entretenus avec les Autochtones à travers les années qu’André Michel a poussé sa candidature. « Il a eu des maladresses, mais il a fait des tas d’autres choses. On n’a jamais parlé de son intérêt et de tout ce qu’il faisait pour les Autochtones », a dit M. Michel.