«L’effet Hyde»: laisser voir l’inconscient

La relecture du Théâtre de la pire espèce est riche en pistes de réflexion.
Photo: Mathieu Doyon­ La relecture du Théâtre de la pire espèce est riche en pistes de réflexion.

Dans son cabinet, le célèbre docteur, créé par Robert Louis Stevenson au XIXe siècle, explore les méandres de l’inconscient. Insatisfait de l’imperfection humaine, Dr Jekyll repousse les limites de la science jusqu’à se voir dépasser par elle. Jouant avec les décoctions, parvenant au départ à un certain contrôle sur la chimie qui s’opère, le bon docteur s’efface derrière la force destructrice de son double, Hyde.

Avec L’effet Hyde, Le Théâtre de la pire espèce — qui célèbre ses vingt ans cette année — plonge au coeur du classique de l’auteur écossais tout en assurant une relecture singulière, étonnante et riche en pistes de réflexion. « Cette histoire est une sale histoire. Nous allons mettre des gants blancs pour la raconter et aussi pour ne pas laisser de traces », lancent les comédiens en amorce de la pièce présentée lors de la Rencontre Théâtre Ados. C’est ainsi, gantés, que Louis Hudon, Marcelle Hudon et Francis Monty s’aventurent dans cet univers, mêlant habilement humour, absurde, fantaisie et fantastique. Dans une suite de tableaux, présentés en quelques chapitres, les personnages apparaissent sous différentes formes allant du masque à la marionnette en passant par les ombres, toutes soutenues, entretenues, jouées par les comédiens qui se partagent la voix des principaux rôles que sont Jekyll, Hyde et le notaire Uttersen. Cette façon de jouer avec la matière est soutenue tout au long du spectacle par la musique envoûtante, atmosphérique de Bernard Falaise, présent sur scène. La guitare du musicien devient un personnage essentiel à l’histoire, assure une tension, se mêle aux mots et au jeu dans une ronde des plus naturelles. Fidèle à l’esprit du classique, Monty en reprend l’essence en privilégiant le questionnement des personnages, le doute et la faiblesse humaine.

Derrière les apparences

La force de l’inconscient, qui sous-tend le propos de Stevenson, prend tout son sens dans la mise en scène signée par Marcelle Hudon et Francis Monty. Loin de se cacher derrière les marionnettes, de se fondre à elles, les comédiens, au contraire, donnent continuellement à voir l’envers du décor, invitent le spectateur à découvrir la face cachée du théâtre, comme la face cachée de l’humain. La technique, le jeu, les questionnements, les doutes des comédiens sont offerts au public dans une présentation à découvert.

En plein coeur du spectacle, Francis Monty brise le 4e mur, arrête la prestation, se questionne sur la clarté de la pièce, discute avec Marcelle, Bernard et Louis — qui mangent quelques biscuits — comme s’il s’agissait d’une répétition. Les masquent tombent aussi notamment lorsque Marcelle Hudon, tout en jouant, fait dos au spectateur, lequel peut voir qu’elle lit son texte écrit derrière le masque qu’elle tient entre ses mains. C’est ainsi, dans une suite de tableaux à la fois cocasses et d’un sérieux assumé, que L’effet Hyde laisse entrevoir avec audace et authenticité les failles de l’humain.

L’effet Hyde

Texte : Francis Monty, d’après «L’étrange cas du Dr Jekyll et de Mister Hyde» de Robert Louis Stevenson. Mise en scène : Marcelle Hudon et Francis Monty. Masques, marionnettes et scénographie : Marcelle Hudon. Avec Bernard Falaise, Louis Hudon, Marcelle Hudon et Francis Monty. Musique : Bernard Falaise. Une production du Théâtre de la pire espèce en coproduction avec Marcelle Hudon.