«Britannicus»: les meilleurs ennemis

Sylvie Drapeau, incarnant Agrippine, impressionne.
Photo: Yves Renaud Sylvie Drapeau, incarnant Agrippine, impressionne.

À l’instar de Christian Lapointe, qui avait opté pour Maeterlinck, Florent Siaud a choisi de faire son entrée au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) avec une pièce de résistance. En jetant son dévolu sur Racine, le metteur en scène ne s’est certainement pas facilité la tâche. Défendre les 1768 alexandrins de Britannicus, les faire entendre et les faire valoir, les faire résonner et les faire comprendre, qui plus est à une époque qui vénère l’instantanéité, c’est en soi un geste de désobéissance.

Ce qui apparaît dans les moindres recoins de ce spectacle aussi délicat que grandiose, effroyable démonstration des ravages du pouvoir, guerre sans merci entre les meilleurs ennemis, ce sont les lumières que le metteur en scène y a soigneusement déposées, l’expression de son amour profond pour la partition, le fruit d’une compréhension aiguë de l’oeuvre, la preuve du point de vue indéniable que le créateur a non seulement su développer sur la tragédie et à propos d’elle, mais qu’il a également été en mesure de transmettre à l’ensemble de son équipe.

Avec la collaboration inestimable de Nicolas Descôteaux (éclairages) et de David B. Ricard (vidéo), Romain Fabre a donné naissance à une véritable splendeur scénographique, une sculpture dorée qui s’abat comme un mur et palpite comme un coeur, une structure à la fois organique et géométrique, qui vit et reluit, pulse et ondule, recueille la lumière et les images, les mots et les visages ; une oeuvre d’art en soi ! L’espace, tout comme les costumes de Jean-Daniel Vuillermoz, d’un irrésistible raffinement, convoque le souvenir d’une certaine Italie, notamment celle immortalisée par Visconti. Il règne sur cette scène autant de colère que d’érotisme, autant de pulsions que de calculs, autant d’énergie brute que de retenue impériale.

Comédiennes et comédiens apportent un relief étonnant au flot quasi ininterrompu des mots, donnent du tonus à cette musique racinienne qui peut aisément devenir lancinante. De manière judicieuse, sans jamais sombrer dans l’afféterie, toujours pour éclairer le sens, préciser les intentions tout en captant l’attention, les interprètes varient adroitement les rythmes, les timbres, les registres et les intonations. Dans une catégorie à part, les performances de Sylvie Drapeau en Agrippine et de Francis Ducharme en Néron sont d’une complexité admirable, d’un éclat formidablement vif.

Britannicus

Texte : Jean Racine. Mise en scène : Florent Siaud. Une production du Théâtre du Nouveau Monde, en collaboration avec Les songes turbulents. Au TNM jusqu’au 20 avril.