«La Société des poètes disparus»: la transmission générationnelle d’un récit

Le metteur en scène, Sébastien David, a réuni une distribution d’une belle diversité.
Photo: Gunther Gamper Le metteur en scène, Sébastien David, a réuni une distribution d’une belle diversité.

Après Fanny et Alexandre, le Théâtre Denise-Pelletier mise sur une autre adaptation de film culte. Il transite naturellement d’un chef-d’oeuvre illustrant l’éveil de l’imaginaire chez un créateur à un récit populaire célébrant la nécessité vitale de l’art. Pour un théâtre ciblant un public adolescent, La Société des poètes disparus s’impose sur scène comme une évidence. Depuis la création du film de 1989, et surtout depuis l’époque passée qu’il décrit, les rapports d’autorité dans l’éducation ont changé, le conformisme emprunte sans doute un autre visage — l’individualité semble plutôt triomphante aujourd’hui. Mais la vulnérabilité de l’adolescence reste intacte. Le récit évoque avec ferveur et sensibilité cette période de définition identitaire, où l’on découvre — ou pas — ses passions, sa place dans le monde.

La pièce que Tom Schulman a tirée de son propre scénario est recentrée sur les six ados principaux. Ce petit cercle d’étudiants qui vont être — plus ou moins, selon les cas — transformés au contact d’un nouveau professeur, aussi brillant qu’iconoclaste, revenu « foutre le bordel » dans sa très rigide alma mater. Monsieur Keating — un personnage qui semble annoncer les imminentes années 1960 — va leur enseigner non seulement les poètes, mais surtout l’importance de trouver et de suivre leur propre voie. Des valeurs de liberté en totale contradiction avec les préceptes d’une académie très pénétrée de la tradition.

L’oeuvre, assez manichéenne, n’est pas sans défauts. Les figures d’adultes incarnant l’autorité sont décrites avec peu de nuances : le directeur, joué avec une sévérité jouissive par Jean-François Casabonne et le père rigide, que Gérald Gagnon humanise toutefois un peu dans une scène-clé. Et dans cette version réduite, le seul rôle féminin (Alice Moreault), qui confine au fantasme, est si mince, périphérique à la trame centrale, qu’il aurait peut-être mieux valu le couper carrément.

Mais la mise en scène de Sébastien David est inspirée et vibrante, pas entièrement réaliste avec ses quelques tableaux où le temps s’arrête ou ralentit. Le spectacle s’appuie intelligemment sur la scénographie de Jean Bard, un escalier qui emplit toute la scène. Le dénuement de cet espace, habité par les magnifiques éclairages de David-Alexandre Chabot, permet une souplesse dans l’action et offre une grandeur universelle au drame qui va s’y dérouler.

David a réuni une distribution d’une belle diversité. Menés par le fougueux Émile Schneider, les six (pas si) jeunes comédiens démontrent une cohésion d’ensemble, chacun bien campé dans son profil contrasté. Avec une mention pour le charismatique Charlie de Maxime Genois. Même si le Todd de Simon Landry-Désy m’a paru parfois plus raide que timide. Faut-il en attribuer la faute à un souvenir trop fort du jeu si attachant d’Ethan Hawke dans le film ?

Je n’ai toutefois pas eu ce problème avec Patrice Dubois, qui devait s’affranchir d’un fantôme bien lourd… Son professeur Keating, ironique, un peu cabotin mais très humain, convainc totalement.

Une belle production, donc, susceptible de toucher autant les ados qui découvriront le récit que les anciens jeunes marqués par le film…

La Société des poètes disparus

Texte : Tom Schulman. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Sébastien David. Avec Mustapha Aramis, Jean-François Casabonne, Patrice Dubois, Gérald Gagnon, Maxime Genois, Simon Landry-Désy, Étienne Lou, Anglesh Major, Alice Moreault et Émile Schneider. Jusqu’au 13 avril, au théâtre Denise- Pelletier.