Maison hantée

Le spectacle immersif met en scène de jeunes contemporains, Cindy et Carl, fascinés par les héros de Cocteau.
Photo: Maxime Côté Le spectacle immersif met en scène de jeunes contemporains, Cindy et Carl, fascinés par les héros de Cocteau.

Après avoir exploré plusieurs espaces in situ, Geneviève L. Blais revient chez elle. La maison familiale de la metteure en scène dans Côte-des-Neiges se prête à un parcours déambulatoire poussé pour de petits groupes de spectateurs. Un projet assez ambitieux pour ce type d’expérience intime.

Somnambules s’inspire, avec beaucoup de liberté, des Enfants terribles de Jean Cocteau.

Du roman de 1929, la créatrice paraît avoir surtout retenu l’esprit et la prémisse : la relation fusionnelle, possessive entre un frère et une soeur, et la dynamique du Jeu qui les lie, déjà une sorte de théâtre en soi. Le spectacle immersif met en scène de jeunes contemporains, Cindy et Carl, fascinés par les héros de Cocteau. Menés le plus souvent par la volontaire jeune fille, ils jouent à être Élisabeth et Paul, se projettent dans ces figures plus grandes qu’eux, se livrant à des rituels, à des jeux parfois limites.

Geneviève L. Blais trace un parcours étiré sur trois époques, où des éléments narratifs se font écho à divers âges. On voit Cindy et Carl passer de la candeur de l’enfance à l’adolescence, où leurs jeux prennent un tour plus dramatique, puis se retrouver, adultes, après des années de séparation. Il y a aussi, ce qui complique un récit pas forcément limpide, des espèces d’incarnations âgées, très théâtrales dans leur apparence, de Paul et Élisabeth (interprétés par Marie Cantin et Alain Fournier), qui émergent parfois, de manière inattendue, du décor.

Cette traversée du réel par l’imagination est donc aussi une traversée, pas toujours linéaire, du temps. Ces transitions entre personnages de différents âges finissent par donner plus d’épaisseur au récit. Le lieu devient en quelque sorte une maison hantée par les souvenirs des protagonistes, par les échos de ce qui s’y est déroulé. Il faut s’abandonner à une sorte de logique du rêve.

La force du travail de Geneviève L. Blais loge dans son exploitation d’environnements réels. Et Somnambules ne fait pas exception à la règle. L’expérience immersive séduit généralement. Pour diriger son trajet dans la maison sans briser l’illusion fictive, le public, forcé à la vigilance, reçoit d’abord une consigne ingénieuse : suivez le roman, peu importe quel personnage l’a en main.

Du garage à l’étage, la demeure s’offre ainsi comme un véritable terrain de jeu. L’ampleur de la transformation de certaines pièces, habillées par la scénographe Fruzsina Lanyi, impressionne. Celles où se jouent les ultimes scènes sont particulièrement réussies, d’autant qu’elles bénéficient aussi de projections vidéo conçues par Sylvio Arriola, qui aident à nous plonger dans une atmosphère onirique. Somnambules exerce ainsi un ascendant progressif.

Somnambules

Écriture, collage et mise en scène : Geneviève L. Blais. Spectacle du Théâtre à corps perdus. Avec Marie Cantin, Sylvie De Morais, Alain Fournier, Étienne Pilon, et, en alternance, Louka Amadeo Bélanger, Zackary Villeneuve, Alex-Aimée Martel, Rose Longchamps, Edelweiss Moutier, Marie-Maxim Landry, Marek Cauchy-Vaillancourt, Brendon Tremblay. Dans une maison du quartier Côte-des-Neiges, jusqu’au 29 mars.