«Parce que la nuit»: la vie et l’oeuvre

S’il ne fallait retenir qu’une seule Patti, ce serait sûrement celle que campe (et chante!) Céline Bonnier avec un heureux mélange de conviction et de désinvolture.
Photo: Yanick MacDonald S’il ne fallait retenir qu’une seule Patti, ce serait sûrement celle que campe (et chante!) Céline Bonnier avec un heureux mélange de conviction et de désinvolture.

Lourde tâche que celle de rendre justice en un seul et même spectacle à une artiste aussi plurielle que Patti Smith. C’est probablement pour cette raison que Brigitte Haentjens a recours au terme « exploration » lorsque vient le moment de qualifier Parce que la nuit, son hommage à la musicienne, chanteuse, écrivaine, peintre et photographe américaine.

Explorer, c’est parcourir, observer, découvrir et examiner, pour enfin choisir, retenir et retrancher ; en somme, interpréter. Manifestement, c’est ce que la directrice artistique de Sibyllines s’est donné le temps d’accomplir.

L’existence de Patti Smith étant suffisamment riche pour soutenir plusieurs visions, tolérer de nombreuses lectures des événements et des intentions, des émotions et des décisions, la créatrice a souhaité faire cohabiter tout cela sur scène. Pour embrasser le paradoxe vivant, traduire l’extraordinaire complexité de cette femme née en 1946, autrement dit, puiser à la vie aussi bien qu’à l’oeuvre, emprunter à l’intime en même temps qu’au collectif, entrelacer comme il se doit les destins et les époques, Brigitte Haentjens a choisi de multiplier le personnage, de miser sur cette choralité dont elle a le secret.

S’il ne fallait retenir qu’une seule Patti, ce serait sûrement celle que campe (et chante !) Céline Bonnier avec un heureux mélange de conviction et de désinvolture. Quant à Alex Bergeron, Dany Boudreault, Martin Dubreuil et Leni Parker, ils incarnent, en plus des personnages clés d’une existence pas banale, des facettes essentielles de l’héroïne, ses forces et ses fragilités, ses audaces et ses appréhensions, ses pulsions et ses pudeurs, son avant-gardisme et sa puérilité.

Empruntant largement à Just Kids, ouvrage biographique paru en 2010, mais aussi à M Train, paru en 2015, le spectacle met en scène les moments cruciaux, les rencontres déterminantes, mais également, et peut-être même surtout, les deuils.

Ce sont amis que vent emporte, écrivait Rutebeuf. Patti conte ses morts, rend de vibrants hommages aux disparus. Il y a tout d’abord cet enfant, abandonné à la naissance. Suivront les adieux à Robert Mapplethorpe, à Sam Shepard, à Fred « Sonic » Smith, son mari, puis à Todd, son frère. Le plus souvent, c’est en musique que la femme célèbre ceux qu’elle a aimés, celles qui ont nourri son art au fil des décennies.

Ainsi, on accorde durant ces deux heures une place prépondérante à la chanson (et par conséquent à la langue anglaise), peut-être au détriment de la dramaturgie d’un spectacle qui prend par moment, pour le meilleur et pour le pire, des allures de concert rock.

Parce que la nuit

Texte : Dany Boudreault et Brigitte Haentjens, avec la collaboration de Céline Bonnier. Mise en scène : Brigitte Haentjens. Une coproduction d’Espace Go, de Sibyllines et du Théâtre français du Centre national des Arts. À l’Espace Go jusqu’au 31 mars.