Dans un monde technocentrique

Les éclairages éclatants de Hubert Leduc-Villeneuve plongent le spectateur dans un jeu virtuel.
Photo: Cannelle Wiechert Les éclairages éclatants de Hubert Leduc-Villeneuve plongent le spectateur dans un jeu virtuel.

Le titre de la première pièce signée Maxime Brillon annonçait un univers plutôt imaginatif et idiosyncrasique. Et on est relativement bien servis, sur ce plan-là, avec la création de Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais aux Écuries. Tel le maître de cérémonie de ce récit éclaté qui s’achève au cirque, l’auteur accompagne lui-même son oeuvre sur scène, énonçant les didascalies et dirigeant parfois ses personnages.

Reproduisant l’énergie, les excès émotifs, les actions impulsives de l’adolescence, la pièce s’articule autour de la quête identitaire de Paulo (Karlo Vince Marra), lequel apprend, grâce à une ancienne vidéo sur Internet, que son père ne peut pas l’avoir engendré. Le projet d’expédition pour retrouver ce dernier aux États-Unis, avec les amis de Paulo et quelques parents dans leur sillage, tourne cependant vite court. Tout comme le thème de départ finit par se perdre un peu dans un foisonnement thématique. Comment élever ses enfants « dans un XXIe siècle technocentrique » ? Comment être soi-même dans un monde binaire et carré, défini par les algorithmes, la catégorisation et une polarisation sans nuance ? Comment connecter réellement avec les autres ?

Mais c’est là un texte où la forme frappe davantage que le récit, plutôt lâche et multidirectionnel, où la sonorité, la cadence de la langue prennent parfois le pas sur le contenu des échanges eux-mêmes. Campé dans un « futur proche », le spectacle rend compte de l’omniprésence de la technologie dans nos vies — prochaines, mais aussi actuelles. Il en capture la rapidité, les actions simultanées. Les dialogues entre les personnages d’ados épousent parfois un rythme effréné et se superposent.

Comme s’il nous plongeait occasionnellement dans un jeu virtuel, le spectacle parvient à suggérer cet environnement techno immersif, malgré les limites d’une production low tech. Grâce surtout à l’apport essentiel des éclairages éclatants conçus par Hubert Leduc-Villeneuve.

Pour mettre au monde Nous irons cirer nos canons numériques, Justin Laramée en embrasse totalement le ludisme. Sa mise en scène, qui n’est pas avare d’inventivité, déploie des couleurs presque bédéesques, avec des personnages très campés, et affiche une joyeuse liberté avec les conventions théâtrales. Une tonalité dans laquelle la distribution (aussi Marjorie Gauvin, Marie-Ève Groulx, Joakim Robillard, Lise Martin et Louis-Olivier Mauffette, hilarant) s’insèrent avec un plaisir évident. Et, ma foi, assez contagieux.

Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais

Texte : Maxime Brillon. Mise en scène : Justin Laramée. Une production du Collectif des Canons numériques en collaboration avec Tôle. Aux Écuries jusqu’au 16 mars.