«C’est ma sœur!»: l’humanité en toute intimité

C’est avec un spectacle aux allures de comédie musicale faite de paroles, de chansons et d’humour que Nathalie Derome s’adresse aux enfants.
Photo: Marie-France Coallier Le devoir C’est avec un spectacle aux allures de comédie musicale faite de paroles, de chansons et d’humour que Nathalie Derome s’adresse aux enfants.

Alors qu’elle s’adresse habituellement aux tout-petits, et parfois aux adultes, l’artiste multidisciplinaire et directrice de la compagnie Des mots d’la dynamite Nathalie Derome crée pour la première fois un spectacle pour les enfants de 4 à 7 ans, une plongée légère et humoristique au coeur des relations humaines.

« C’est ma soeur !, c’est l’histoire de trois animaux très disparates, un écureuil, une fourmi et une brebis, qui vivent dans la forêt et qui, malgré leurs différences, sont frères et soeurs. On va vivre leur quotidien, leurs peines, leurs joies, leurs trahisons, leurs réconciliations », résume, sur un ton très enthousiaste, Nathalie Derome au téléphone. Mais, poursuit-elle, « ce sont les dynamiques de famille qui m’intéressaient surtout, les dynamiques de forces. Vous savez, quand on est petit, notre famille, c’est nos frères, nos soeurs, nos oncles, tantes, grands-parents, parents, mais, quand on grandit, on se rend compte qu’on transpose ces relations avec nos amis. Des fois, on joue le rôle de soeur ou alors on se surprend à être plutôt la mère ou la matante. Mais on est encore dans une relation de proximité. » Proximité qui s’explique selon l’artiste par l’humanité, cette racine commune à tous. « C’est un spectacle feel good. On veut donner espoir, mais on a aussi espoir que l’humanité pourra se rencontrer. De toute façon, on n’a pas le choix. C’est au péril de la planète. On sent que l’humanité est présente partout, et c’est à ça qu’il faut se raccrocher ».

Et si Nathalie Derome a l’habitude des spectacles plus poétiques, métaphoriques, ici, c’est sous des allures de comédie musicale faite de paroles, de chansons et d’humour qu’elle s’adresse aux enfants. « En fait, mon impulsion de départ, c’était de faire un vaudeville pour les petits avec l’idée de portes tournantes, de grand drame que tout le monde voit dans la salle sauf ceux qui sont sur scène. On a gardé cet esprit-là, même si, par précaution intellectuelle, on a enlevé le mot. Au final, c’est un gros clin d’oeil au théâtre, et c’est peut-être pour ça que je voulais appeler ça un vaudeville, mais les gens du milieu m’ont déconseillé de le faire. Ça reste une recherche interdisciplinaire ».

Habituée au rapport intime avec la salle, la comédienne et auteure use ici d’une autre approche, plus traditionnelle, frontale, mais assurant toujours une proximité avec les enfants. « J’aime faire de petits feux où chacun peut être là, autour, plutôt que de jouer dans de très grandes salles. Alors, pour préserver cette intimité, j’ai décidé que le spectacle serait présenté devant 200 personnes et non pas devant une salle complète dans laquelle on peut en asseoir 400. Parce qu’il y a beaucoup de chansons — et aussi par entêtement —, je voulais aussi qu’on chante sans micro, qu’on ne soit pas obligés de projeter comme des chanteurs d’opéra. Je tiens à préserver une alcôve délicate, une délicatesse, une familiarité. En ce moment, je cherche une musique pour accueillir les enfants dans la salle. Je trouve qu’un théâtre, c’est austère, c’est en béton, il y a des fauteuils de velours… Quelque chose qui, à mon sens, rappelle un salon funéraire. Alors, je me dis, il faut les recevoir d’une façon qui puisse les mettre à l’aise, mais aussi qui témoigne du fait qu’on est ensemble », explique la cofondatrice de la compagnie.

Sur le plan scénographique, cette impression d’intimité, ce rapport très naturel avec les enfants a aussi été pensé. La peintre et bédéiste Gigi Perron a su répondre tout de suite aux attentes et à l’idée de Derome. « Je voulais six sapins en carton et c’est tout. Je voulais quelque chose de très épuré, très minimaliste. Et Lucie Bazzo, qui a 30 ans de métier et de somptuosité dans le corps, enveloppe cette simplicité avec ses éclairages ».

Après un an et demi de travail et la chance de se produire devant les petits très critiques, l’équipe Des mots d’la dynamite s’apprête enfin à monter sur les planches avec toute la fébrilité que cela implique. « C’est un grand saut en avant pour nous. On a testé le spectacle dans des résidences, et on a de bonnes réactions. Dans un spectacle humoristique, on aura à apprendre à jouer avec le rythme qu’impose une salle qui rit ou qui ne rit pas. On est confiants, mais la finesse d’un spectacle se fait en jouant. On sait que le bébé est viable, maintenant il faut qu’il soit de bonne humeur ! »

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que l'éclairagiste du spectacle se nommait Lucie Perron, a été corrigée.

C’est ma soeur !

Idée originale : Nathalie Derome. Texte, conception et interprétation : Nathalie Derome, Steeve Dumais et Audrée Southière. Assistance à la mise en scène : Anne Parent. Scénographie : Gigi Perron. Musique : Léandre Bourgeois. Une production de la compagnie Des mots d’la dynamite. À La Maison Théâtre du 7 au 17 mars. Public cible : 4 à 7 ans.