«L’exhibition»: la machine à penser

Le spectacle d’Emmanuel Schwartz, de Benoît Gob et de Francis La Haye déploie une forme pour le moins inusitée d’autofiction scénique.
Photo: David Ospina Le spectacle d’Emmanuel Schwartz, de Benoît Gob et de Francis La Haye déploie une forme pour le moins inusitée d’autofiction scénique.

Créée en 2017, à l’occasion du Festival TransAmériques, L’exhibition est de retour ces jours-ci à La Chapelle. Élaboré en collaboration avec Alice Ronfard, le spectacle de Benoît Gob, Francis La Haye et Emmanuel Schwartz déploie une forme pour le moins inusitée d’autofiction scénique, un entrelacement de monologues introspectifs, propos tour à tour sérieux et absurdes, voix hors champ accompagnées d’actions plus ou moins cocasses réalisées par trois hommes… en combinaisons de laborantins.

On a d’abord le sentiment d’assister au vernissage d’une exposition. Dans cette galerie d’art vivant, debout entre quatre bâches de plastique, le visiteur observe, en sirotant son verre de vin, une installation lumineuse, un cube sous lequel trois hommes s’apprêtent à « exhiber » leurs âmes, ou à tout le moins leurs états d’âme, des pensées, souvent profondes, parfois esthétiques, généralement existentielles. Mais avant que le trio s’exécute, avant que la représentation commence véritablement, le spectateur devra traverser le quatrième mur et choisir un siège dans la salle.

« Le spectateur pourrait comprendre qu’il n’assiste pas à quelque chose d’organisé, mais plutôt à un essai, le résultat d’un travail expérimental à la croisée de l’art et de la science. » C’est une voix synthétique qui prononce ces mots, celle d’un ordinateur de bord au timbre un peu désincarné, une intelligence que l’on pourrait dire artificielle, mais probablement à tort, un dispositif ici crucial qui se réfère à lui-même en parlant de « machine à extraire la pensée pure », en somme une machine… qui pense.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a de l’amitié dans l’air, une complicité qui semble fondamentale, essentielle au déroulement de cette aventure scénique un brin extravagante, et sans contredit cathartique, à tout le moins pour ses créateurs. Emmanuel a connu Francis durant ses études en théâtre à Sainte-Thérèse. Cela se passait tout au début du millénaire. Puis il a fraternisé avec Benoît à Bruxelles, en 2013, pendant la gestation de Place du marché 76 à la Needcompany de Jan Lauwers. Non sans humour, d’abord en groupe, puis en solo, les trois hommes nous font entrer dans leur processus de création (théâtral, mais également musical et plastique) aussi certainement que dans les rouages de leurs psychés tourmentées.

Ainsi, alors que les questions métaphysiques les plus diverses sont abordées, que les actions les plus saugrenues sont exécutées, la performance permet aux trois artistes de créer en toute liberté, de traduire leurs hantises et leurs espoirs, de réaliser leurs fantasmes, tout cela sans devoir respecter les désirs d’un quelconque metteur en scène, sans avoir à accomplir la vision de quelqu’un d’autre, sans devoir servir un autre imaginaire que celui qui bouillonne en eux, en somme sans devoir s’excuser.

L’exhibition

Texte : Emmanuel Schwartz. Visuel : Benoît Gob. Son : Francis La Haye. Une coproduction du Festival TransAmériques, du Théâtre de l’Ancre de Charleroi et de La Chapelle Scènes Contemporaines. À La Chapelle jusqu’au 9 mars.