«Home Dépôt»: s’engager dans le labyrinthe

On rend justice à la vitalité des habitants du labyrinthe, à leur humanité, à leurs soifs et à leurs faims, en somme à leurs désirs, aux plaisirs qu’il leur reste.
Photo: Caroline Laberge On rend justice à la vitalité des habitants du labyrinthe, à leur humanité, à leurs soifs et à leurs faims, en somme à leurs désirs, aux plaisirs qu’il leur reste.

Un labyrinthe, voilà la métaphore à laquelle certains des participants de Home Dépôt : un musée du périssable ont recours pour décrire le Centre d’hébergement et de soins de longue durée dans lequel la compagnie Matériaux composites, qui produit le spectacle présenté ces jours-ci à Espace libre, les a incités à s’engager. L’objectif : rencontrer une résidente, un résident, discuter sans balises, entrer en relation, évoquer le passé, le présent et l’avenir, la vie matérielle et spirituelle, les contraintes du corps et les envolées de l’esprit. La démarche est citoyenne, certes, mais plus empathique que politique.

On commence par arpenter les dédales du lieu imaginé par Marie-Ève Fortier, on se promène entre le lit et le fauteuil roulant, le déambulateur et le lève-personne, on observe des vêtements d’une autre époque, des sculptures inquiétantes et des aquarelles vibrantes. Dans ce « musée du périssable », on documente le temps qui passe, la santé qui fuit, la mort qui gagne peu à peu du terrain, mais aussi, et peut-être même surtout, on rend justice à la vitalité des habitants du labyrinthe, à leur humanité, à leurs soifs et à leurs faims, en somme à leurs désirs, aux plaisirs qu’il leur reste.

Puis Anne Sophie Rouleau — dont Album de finissants, consacré à l’adolescence, avait obtenu un succès des plus mérités — explique au public que c’est l’admission de sa mère dans un CHSLD qui lui a donné envie de créer le spectacle auquel on s’apprête à assister. Ponctuée par les interventions plus ou moins utiles de Claudia Chan Tak, danseuse, et de Cédric Soucy, musicien, la représentation trouve sa raison d’être dans la seule présence d’Alexandre Vallerand, un jeune homme que la paralysie cérébrale n’empêchera certainement pas de prendre son envol. Celui qu’on avait découvert dans Prends-moi, un court métrage de fiction d’Anaïs Barbeau-Lavalette sur la vie sexuelle des handicapés, a inspiré à Dany Boudreault — qui assure la narration hors champ de tout le spectacle — un texte d’une honnêteté qui bouleverse.

Chaque soir, trois auteurs viennent prononcer le monologue né de leur rendez-vous au CHSLD. Lors de la première, nous avons eu droit aux mots sensibles de Sarah Berthiaume, Jean-Christophe Réhel et Virginie Beauregard D. L’interprétation était inégale, il faut le reconnaître, mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui est moins explicable, cependant, c’est le peu d’interaction entre les écrivains et les résidents, pourtant présents. De ce spectacle un peu brouillon, un peu trop long, on ressort néanmoins galvanisé, convaincu du rôle crucial que l’art peut jouer quand il s’agit d’opérer une médiation entre l’être humain et sa condition, quand vient l’heure d’apprivoiser le versant tragique du destin.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que le court métrage Prends-moi était un documentaire, a été corrigée.

Home Dépôt : un musée du périssable

Cocréation : Anne Sophie Rouleau et Marie-Ève Fortier. Une production de Matériaux composites. À Espace libre jusqu’au 9 mars.