«Tria Fata» ou l’art de se tricoter une vie

Si la première partie du spectacle tend par son approche burlesque à capter l’attention du spectateur, la seconde, beaucoup plus métaphorique, se veut forte en émotions, moins comique et visuellement plus poétique.
Photo: Virginie Meigné Si la première partie du spectacle tend par son approche burlesque à capter l’attention du spectateur, la seconde, beaucoup plus métaphorique, se veut forte en émotions, moins comique et visuellement plus poétique.

Évoquer le temps qui passe, mettre en scène la vie d’une femme depuis sa naissance jusqu’à sa mort, instants entre lesquels son parcours est ponctué de transitions, de moments charnières, de passages obligés, c’est ce que propose La Pendue dans Tria Fata, un spectacle métaphorique sur le thème de la vie, qui sera de la 14e programmation du Festival de Casteliers.

Au bout du fil, la Française Estelle Charlier, marionnettiste, directrice artistique et cofondatrice de la compagnie La Pendue, raconte que la marionnette a servi de point de départ au thème englobant de Tria Fata. « La marionnette, on la voit comme un petit symbole de l’être humain et elle nous permet de parler de tout grâce aux manipulateurs qui la font vivre, mourir, qui la dirigent. Il y a 10 ans, au moment où on a commencé à penser ce projet, on avait seulement des petites saynètes en tête dans lesquelles on touchait aux rapports que l’on entretient avec l’invisible qui nous manipule, avec les forces obscures qui sont autour de nous. Mais au bout d’un moment, on s’est rendu compte qu’il faudrait les ranger dans une certaine globalité et c’est là que les problèmes ont commencé [rire]… Parce que l’histoire pour nous, c’était un peu un prétexte. »

Si Tria Fata rappelle spontanément ces trois Parques, divinités de la destinée issues de la mythologie romaine qui, depuis la naissance jusqu’à la mort, décident du sort de l’humain, il n’en sera question que de façon métaphorique dans cette pièce qui allie burlesque et poésie. Le fil rouge qui tient le tout ensemble, explique Charlier. « Sans les nommer, il y a cette représentation des trois fées. D’abord, la marionnettiste qui déroule le fil de la vie. Puis, la dernière, celle qui le coupe et, entre elles, il y a cette femme, personnage central, que l’on suit et dont on voit défiler l’existence. »

La musique se fait personnage

L’idée de métamorphose, de cette vie qui évolue, se transforme au gré des événements que sont la naissance, l’enfance, l’amour, est portée par une mise en scène musicale, éclectique et énergique signée Romuald Collinet. « Déjà, la marionnette grandit, elle change sur scène. Je pense par exemple à ce petit papier sur lequel on va projeter des images tout au long de la pièce, papier qui va grandir en même temps que l’héroïne, et qui sera comme un diaporama de sa destinée, comme un album photo. Puis, ce même papier va brûler au moment de sa mort. Les métamorphoses sont dans la scénographie comme dans l’histoire. Comme un cycle, celui de l’existence. On part de rien et on revient à rien », explique la directrice artistique.

Estelle Charlier partage ainsi la scène avec les marionnettes et Martin Kaspar Läuchli, l’homme-orchestre dont la musique devient personnage. « On est une sorte de duo », confie l’artiste. « Pendant la période de création, la musique est arrivée en même temps que les marionnettes. On a essayé de ne pas la rajouter après pour illustrer ce qu’on était en train de raconter, mais plutôt de construire ensemble. Ce qui fait qu’il a vraiment sa place. »

Si la première partie du spectacle tend par son approche burlesque à capter l’attention du spectateur, la seconde, beaucoup plus métaphorique, se veut forte en émotions, moins comique et visuellement plus poétique. La marionnette, objet culte, évocateur et central, reste un médium touchant et porteur de sens, croit Estelle Charlier. « Ce qui me touche avec la marionnette, c’est qu’avec peu — simplement de la ficelle, du tissu, du bois — on peut créer des mondes incroyables et des univers fous. On peut transporter les gens avec peu de choses. C’est ce qui m’émeut et me plaît. L’émotion qui peut sortir de ce petit être qui vit, qui meurt, peut être incroyable et très forte. Et je crois qu’avec Tria Fata, on retrouve justement cette force de la marionnette. »

À voir aussi aux Casteliers

Inspiré de l’album L’arbre généreux, une fable écrite en 1964 par Shel Silverstein, Philippe Rodriguez raconte l’histoire d’amitié entre un petit garçon et un arbre qui, malgré le temps qui passe, la vie qui l’ampute de tout, reste un confident et un générateur de joie. Au Petit Outremont les 9 et 10 mars (6 ans et plus). Pour tous, Hullu, de Blick Théâtre, nous plonge dans la tête d’une jeune fille dont le réel se mêle à l’imaginaire. Lequel des deux mondes est le vrai ? Pour le savoir, ce sera au théâtre Outremont les 6 et 7 mars. Enfin, Le Théâtre de l’oeil, en coproduction avec Carte blanche (États-Unis), offre aux petits de 4 ans et plus Les saisons du poulain, l’histoire initiatique d’un poulain qui part à la rencontre du monde.

Tria Fata

Texte : Romaric Sangars. Mise en scène : Romuald Collinet. Interprétation : Estelle Charlier et Martin Kaspar Läuchli. Marionnettes et scénographie : Estelle Charlier et Martin Kaspar Läuchli. Musique : Martin Kaspar Läuchli. Direction artistique : Estelle Charlier. Une production du Théâtre de l’Homme ridicule. Présenté à l’auditorium Paul-Gérin-Lajoie d’Outremont les 9 et 10 mars.