Les souverainetés de «Première neige/First Snow»

Thierry Mabonga incarne un Écossais d’origine congolaise.
Photo: Bruno Guérin Thierry Mabonga incarne un Écossais d’origine congolaise.

Fruit d’une collaboration entre le National Theatre of Scotland, le Théâtre PÀP et les Productions Hôtel-Motel, Première neige/First Snow est présenté au Quat’Sous après avoir été créé au Fringe d’Édimbourg en août dernier. Explorant « les similitudes historiques, les divergences politiques et les parentés interculturelles entre l’Écosse et le Québec », le texte de Davey Anderson, Philippe Ducros et Linda McLean est mis en scène par Patrice Dubois.

Ça commence comme une bonne vieille réunion de famille, de celles qui promettent d’être aussi précieuses qu’orageuses, de celles qui passent sans crier gare de l’affection à la colère, de l’amour à la détestation. C’est la mère qui a convié les siens, à commencer par ses filles : l’aîne?e (Guillermina Kerwin), qui vit à New York, et la benjamine (Charlotte Aubin), altermondialiste convaincue, qui est accompagnée par son conjoint, Écossais d’origine congolaise (Thierry Mabonga). Sont également de la partie son fils adoptif (François Bernier), le Québécois « de souche », son frère (Harry Standjofski), venu de Toronto, et son amie de longue date (Fletcher Mathers), venue d’Écosse. Ce microcosme familial, métaphore du Québec d’aujourd’hui, est à l’heure des bilans.

 

Des hommes et des femmes aux âges et aux parcours divers observent le passé pour mieux se projeter dans l’avenir. Ils s’interrogent sur leur patrimoine, intime aussi bien que collectif, pour choisir ce qu’ils vont léguer aux générations suivantes. Une question semble planer au-dessus d’eux : est-ce encore possible ? Entre les quatre murs d’une maison ancestrale convoitée par les enfants, quelque part dans la campagne québécoise, on aborde ainsi une foule de sujets, tous reliés à la notion de souveraineté, qu’elle soit personnelle, sociale ou territoriale. Entre les protagonistes et les comédiens qui les interprètent, les frontières sont volontairement brouillées, les correspondances sont cultivées de manière éloquente et aussi fort émouvante.

Sur un plancher de bois, une scène presque vide, hormis un piano et quelques chaises, souvent en s’adressant directement au public, en français comme en anglais, la troupe évoque les échecs référendaires, ceux du Québec et celui de l’Écosse, la crise d’Octobre et le Printemps érable. Elle s’interroge sur les avantages et les ravages du capitalisme, la peur de vieillir et la pertinence de mettre un enfant au monde, le rapport à la terre et le rôle de l’art. Il y a bien quelques moments percutants, mais de manière générale on se contente de survoler le territoire miné de l’identité québécoise. Cela dit, s’il n’ose pas entrer lui-même dans le vif du sujet, le spectacle pourrait bien servir de déclencheur à quelques discussions bien animées.

Première neige/First Snow

Texte : Davey Anderson, Philippe Ducros et Linda McLean. Mise en scène : Patrice Dubois. Une coproduction du Théâtre PÀP, des Productions Hôtel-Motel et du National Theatre of Scotland. Au théâtre de Quat’Sous jusqu’au 23 mars. Spectacle bilingue avec surtitres.