«Astronettes, la longue marche vers les étoiles»: la deuxième aile

La distribution fort convaincante donne corps à plusieurs vignettes qui rappellent que l’émancipation des femmes participe de l’émancipation humaine.
Photo: David Mendoza Hélaine La distribution fort convaincante donne corps à plusieurs vignettes qui rappellent que l’émancipation des femmes participe de l’émancipation humaine.

Prenant pour trame de fond la course à l’espace amorcée au siècle dernier, Astronettes, la longue marche vers les étoiles livre un hommage à quelques humaines exceptionnelles.

Le projet mené par Caroline B. Boudreau et Marie-Josée Bastien, qui se partagent à la fois écriture et mise en scène, noue au récit de l’exploration spatiale celui de quelques femmes ayant posé des jalons de l’affranchissement féminin, le point commun étant dans une limite dépassée.

L’histoire articule trois périodes distinctes : la première, autour de 1911-1912, suit l’exploratrice franco-belge Alexandra David-Néel, première Européenne à pénétrer dans la ville tibétaine de Lhassa ; la seconde, autour des années 1960, met en scène la cosmonaute soviétique Valentina Terechkova, première femme dans l’espace, et le groupe du Mercury 13, des femmes pressenties à l’époque pour rejoindre le programme spatial de la NASA ; la troisième période, située en 2035, gravite finalement autour du personnage d’Emma, au coeur d’une première mission habitée vers Mars.

Jouant le chassé-croisé plutôt que la ligne droite, la narration multiplie les allers-retours entre ces périodes pour faire naître les passerelles. Les principaux échos se feront du côté des obstacles séculaires imposés aux femmes — la pièce, là-dessus, évite les oppositions binaires et trace des portraits nuancés des difficultés propres au « deuxième sexe », ce qui permet des personnages émouvants —, mais aussi ce désir humain de repousser les frontières.

Le fond de l’histoire

Cette superposition des périodes, toutefois, a l’inconvénient de laisser le fil dramatique plus relâché ; l’introduction de la ligne sur les traces d’Alexandra David-Néel pourrait en ce sens être remise en question. Si elle vient indéniablement renforcer le thème, et en dépit des moments touchants qu’elle concourra à bâtir, cette ligne paraîtra plus éloignée de la conquête spatiale — qu’un riche matériel d’archives, utilisé avec une belle parcimonie, impose comme couleur de la pièce.

Le décalage sera visible lorsque des passages plus techniques s’attarderont à la seule conquête spatiale — ce récit, notamment, d’une sortie dans l’espace de l’astronaute canadien Chris Hadfield : pareils passages semblent alors appartenir à un autre univers dramatique, et tout se passe comme si l’écriture, écartelée entre deux pôles de grand intérêt, s’était dispensée de trancher, faisant l’économie d’un choix déchirant.

Entre émancipation des femmes et dépassement humain, la pièce peine donc à établir complètement l’unité dramatique. La fin d’Astronettes, tout de même, réussit à culminer dans un climax engageant, notamment grâce à des atmosphères enveloppantes et à un effet d’accélération du rythme, la scène entre autres se modulant et marquant l’approche du compte à rebours.

La distribution fort convaincante, finalement, donne corps à plusieurs vignettes — historiques ou pas — racontées avec sensibilité, qui rappellent que l’émancipation des femmes participe de l’émancipation humaine.

Astronettes, la longue marche vers les étoiles

Idée originale : Caroline B. Boudreau. Texte et mise en scène : Marie-Josée Bastien et Caroline B. Boudreau. Une production du Théâtre Niveau Parking, au Périscope jusqu’au 2 mars.