Visite guidée de la «Basse-ville»

Alors que les amants étirent leur rencontre jusqu’à en faire peut-être une idylle naissante, l’autre jeune femme s’incruste.
Photo: Vincent Lafrance Alors que les amants étirent leur rencontre jusqu’à en faire peut-être une idylle naissante, l’autre jeune femme s’incruste.

Dramaturge, comédien et metteur en scène vivant à Québec, Thomas Gionet-Lavigne monte pour la première fois — sauf erreur — l’une de ses oeuvres à Montréal. Et c’est avec une pièce très ancrée dans un paysage moins connu de la vieille capitale que l’auteur de Loin (2012) et de S’aimer (2016) fait son entrée à la Petite Licorne. Avec un récit tout simple, mais qui ne manque pas de charme.

Traitant de solitude urbaine, d’ennui et de la difficile quête amoureuse chez de jeunes vingtenaires, Basse-Ville campe son action, vous l’aurez deviné, dans cette section d’une cité divisée verticalement. Dans un quartier où « il n’y a rien à faire », se plaignent les deux personnages féminins. On va suivre ces grandes amies lors d’une journée de désoeuvrement partagée avec un jeune garagiste natif de la Beauce, que l’une a rencontré la nuit précédente dans un bar. Alors que les amants étirent leur rencontre jusqu’à en faire peut-être une idylle naissante, l’autre jeune femme s’incruste. Et l’inconfortable trio va passer le temps en marchant le long de la Saint-Charles, une rivière « qui entre dans nos moyens », décrit joliment la seconde, en référence à la modestie de leur univers.

Car contrairement à son amie (Katrine Duhaime, amusante en ingénue), qui semble se satisfaire de son emploi de caissière, cette serveuse au chômage (intense Charlotte Aubin) porte une frustration manifeste. La forte tirade, où elle décrit tout ce qu’elle aimerait avoir dans son existence aux horizons plutôt limités, s’avère l’un des rares grands épanchements d’une pièce où les personnages ne se fendent pas de longs discours sur leur condition. Mais parlent surtout avec une langue directe, simple, et parfois insuffisante pour nommer le réel.

Compositions senties

Thomas Gionet-Lavigne pose sa loupe sur ce milieu populaire avec un regard un peu décalé, ce qui permet à l’humour d’émerger (le spectacle maintient une légèreté de ton jusqu’à la révélation finale du noeud dramatique), mais avec beaucoup de sympathie. Et il suffit de peu à l’auteur pour brosser ce portrait aux accents justes. Il y a là une sorte de parti pris de minimalisme. Témoin cette scène où les trois personnages partagent un émerveillement commun devant un oiseau, moment très simple qui adoucit un peu la tension latente entre eux.

Et si le mince récit retient l’attention, c’est notamment grâce à ses interprètes, qui y vont chacun de compositions senties et bien définies. Jean-Denis Beaudoin, particulièrement, apporte une fraîcheur et une sensibilité irrésistibles à son personnage, d’une touchante candeur. Un autre artiste de la capitale qu’il fait bon découvrir ici.

Basse-ville

Texte et mise en scène : Thomas Gionet-Lavigne. Une production du Théâtre Hareng rouge. À la Petite Licorne, jusqu’au 15 février.