«Le clone est triste»: gouffre générationnel

Les «détectives mondains indépendants» (Guillaume Tremblay, Marie-Claude Guérin et Olivier Morin) n’hésitent pas à faire flèche de tout bois.
Photo: Josée Lecompte Les «détectives mondains indépendants» (Guillaume Tremblay, Marie-Claude Guérin et Olivier Morin) n’hésitent pas à faire flèche de tout bois.

Le Théâtre du Futur ne semble pas près d’épuiser le filon de l’humour absurde rétrofuturiste, un registre auquel il a certainement donné ses lettres de noblesse avec des spectacles comme Clotaire Rapaille, l’opéra rock, Épopée nord et Les secrets de la vérité. Ces jours-ci, Olivier Morin et Guillaume Tremblay poursuivent leur intarissable entreprise d’anticipation avec Le clone est triste, une aventure pour le moins rocambolesque sur le concept glissant du gouffre générationnel.

Campée à la fin du XXIe siècle, la pièce met en scène un Québec exempt de baby-boomers, les derniers spécimens ayant été expédiés sur la Lune après avoir été reconnus coupables de « crime contre la Terre ». Selon l’ONU, ce geste permettra à la génération X, « cette foule de vieillards juste un peu plus jeunes », de « commencer leur vie utile ». Vous avez dit cinglant ? En effet, les membres du Club des Marquis ne sont pas des adeptes de la langue de bois. Dans leur salon victorien, qui n’est pas sans évoquer celui du jeu de société Clue, les « détectives mondains indépendants » (Marie-Claude Guérin, Olivier Morin et Guillaume Tremblay) n’hésitent pas à faire flèche de tout bois.

Leur plus récente enquête, sorte de récital soigneusement accompagné par la musique de Navet Confit et Philippe Prud’homme, ponctué de chansons désopilantes, concerne Robert Douillette. L’homme de 184 ans, qui aurait eu recours au clonage, pourtant illégal, serait le dernier des baby-boomers : « Même s’il est le seul représentant de sa génération, dans sa tête, il représente encore “la majorité”. »

À la poursuite de cet homme sans morale, qui aurait commis des actes ignobles afin de survivre, nos courageux détectives vont se lancer dans une aventure sans queue ni tête, mais hautement réjouissante, qui va les mener dans les lieux les plus saugrenus. Mentionnons le Montréal souterrain, dans lequel flottent « les dummys Grévin de tous les acteurs du Déclin de l’empire américain », et le TNB, le Théâtre du Nouveau Beloeil, où l’on joue Quelle galère !, « une théâtro-biographie sur la vie de Joël le Bigot ».

Vous aurez compris que le spectacle aborde moins les enjeux du transhumanisme que la délicate cohabitation des générations. Dans ce portrait de société délirant, parfois carrément cabotin, et pourtant étrangement lucide, défendu par des comédiens en grande forme, tout le monde en prend pour son rhume, à commencer par les baby-boomers, bien entendu, mais les représentations des X, des Y et des Z ne sont guère plus tendres. Culture, politique, économie, environnement, amour, amitié, vieillissement et filiation… il y a dans cette douce folie beaucoup de matière à penser.

Le clone est triste

Texte : Olivier Morin et Guillaume Tremblay. Mise en scène : Olivier Morin. Une production du Théâtre du Futur. Aux Écuries jusqu’au 16 février.