«Beef»: éloge du vrai gars

«Beef» semble virer au «nous contre eux», dans une opposition binaire qui peut agacer.
Photo: CathLanglois Photographe «Beef» semble virer au «nous contre eux», dans une opposition binaire qui peut agacer.

Le rideau de Beef s’ouvre sur une aire terreuse, des chaudières traînant ici et là parmi les restes de paille, sous un éclairage de poulailler. C’est la campagne qui, dans ce premier texte de l’auteur Dayne Simard, a été retenue pour mettre en scène les codes de la masculinité.

Jeune citadin sans cellulaire ni voiture nouvellement arrivé à la campagne avec ses rêves de culture bio et d’autosuffisance, Michel (Dayne Simard) a tout pour détonner. Peu viril et épris d’écriture, il a peu de muscles à faire valoir ; il correspond mal au stéréotype masculin.

Mais la pièce expose ce qu’on attend d’une femme, également, ce qui passera par le personnage de Manon (Nathalie Séguin), barmaid du coin qu’on a élue objet des convoitises. Celle-ci s’amourachera — fort rapidement — du nouveau venu, au grand dam du village : comment a-t-elle pu choisir un homme si peu… homme ?

La pièce jouera initialement sur les oppositions rencontrées par le couple, autant d’occasions pour exposer une féminité encagée et une masculinité désuète, faite de violence, de suffisance et d’impulsivité. On rira un temps des comportements passéistes ici et là ; quelques aspects plus grossiers nous laisseront toutefois en rade, à mesure que se dessinera une confusion entre masculinité et ruralité, cette dernière devenant la cible d’attaques parfois faciles.

La petite touche

Par moments, Beef semblera ainsi virer au « nous contre eux », dans une opposition trop binaire qui pourra agacer. La pièce prendra alors des airs de défouloir où il fait bon taper sur un même clou.

La deuxième partie délaissera heureusement ce clivage simple, alors que Michel, parfait et poli, commencera à prendre les travers de son milieu. Une belle complexité se fera alors jour dans l’écriture de Simard, autour de la question de la paternité notamment. S’imposera en filigrane la puissance des stéréotypes, la mise en scène d’Anne-Marie Olivier jouant de cette terre qui jonche le décor pour imager la force du milieu.

Notre investissement émotif, toutefois, restera limité. La faute en va à des personnages exposés en surface. Là où le duo de tête a eu pour tâche de tenir le récit, la deuxième ligne s’est récoltée les apparitions les plus spectaculaires : Nancy Bernier est débordante d’excès en campagnarde perfusée à la testostérone, l’oeil exorbité, Éliot Laprise expose sa rigolote suffisance de fier-à-bras, alors que David Bouchard est désarmant d’instabilité en sorte d’idiot du village nouveau genre.

Par-delà cette folie réjouissante, il nous reste néanmoins le sentiment d’un accès limité au coeur de l’histoire, ce qu’exemplifie bien une rencontre amoureuse vite réglée en début de pièce, comme une nécessité pour la suite du récit.

La pièce articule quelques éléments porteurs sur ce que cela pourrait signifier, être un homme, les idées sont nettes. On a un parcours fort cohérent et rempli d’une dérision bien menée, parcours auquel il manque néanmoins une force qu’aurait palliée une plus grande profondeur des personnages.

Beef

Texte : Dayne Simard. Mise en scène : Anne-Marie Olivier. Avec Nancy Bernier, David Bouchard, Éliot Laprise, Nathalie Séguin et Dayne Simard. Une production La brute qui pleure, à Premier Acte jusqu’au 9 février.