«La fête à Sophie»: les malheurs de Sophie

Simone Latour Bellevance interprète le rôle de Sophie.
Photo: Daniel Marleau Simone Latour Bellevance interprète le rôle de Sophie.

Malgré son titre festif, la nouvelle création de Serge Mandeville (Ailleurs, 2008) aborde de graves sujets : suicide, détresse psychologique, quête identitaire, héritage des souffrances du passé, conflit mère-fille. Inspiré, entre autres éléments, par des échanges avec des adolescents ainsi qu’avec des mères fréquentant l’organisme communautaire Carrefour Parenfants, La fête à Sophie fouille avec un souci de vérité les difficiles relations familiales dans un milieu marqué par le drame et où l’argent se fait rare.

Sophie est une surdouée qui s’apprête à entrer à l’université, alors qu’elle n’a pas encore soufflé ses quinze bougies. Un anniversaire que sa famille ne célèbre plus depuis huit ans. Du moins pas le jour même, funeste date où Cassandre, la soeur aînée, s’est pendue. Mais cette année, la mère (Marie-Ève Bertrand, à la frénésie palpable) entreprend d’organiser une fête à sa cadette. D’où vient ce subit regain d’énergie chez une femme d’ordinaire si catatonique ? Cette mère célibataire de quatre, incluant des triplés ! (Frédérick Tremblay interprète avec conviction les deux frères survivants), a craqué un jour. Mais Sophie va faire une découverte sur cette génitrice absente : un espace secret et précieux qui lui aura permis de survivre.

Le récit passe d’abord par le point de vue de la protagoniste, qui s’adresse directement aux spectateurs, exprimant le désir de « pouvoir leur faire confiance ». Cette narration est l’un des atouts de la pièce. L’écriture de Serge Mandeville met en avant le regard sensible, lucide, personnel d’une ado brillante mais troublée, que sa singularité isole. Et la narration, souple, permet les retours en arrière et les scènes non réalistes, comme les interactions avec la morte (Véronique Marchand), au ton plutôt sardonique. La jeune Simone Latour Bellavance, fraîchement diplômée du Conservatoire, campe Sophie avec aplomb.

Quand la pièce s’éloigne de cette vision, elle paraît devenir plus pesante, malheureusement. Un lourd drame psychologique. Le récit converge vers une scène de révélation terriblement explicative, où Sophie va crever l’abcès et s’offrir le cadeau de la vérité. Une confrontation finale qui paraît un peu longue malgré la charge émotive, et qui redit certaines choses que nous, spectateurs, savions déjà.

Le metteur en scène mise par contre sur des moyens très simples pour incarner sa pièce dans la minuscule salle du Prospero. Et en général, ça fonctionne. Je pense à cette illustration, très éloquente, des multiples connexions neuronales dans le cerveau hyperactif de Sophie, une surstimulation qui prend la forme d’un réseau de fils tendus. On en aurait volontiers pris davantage, de telles scènes évocatrices.

La fête à Sophie

Texte et mise en scène : Serge Mandeville. Avec Simone Latour Bellavance, Marie-Ève Bertrand, Vicky Bertrand, Frédérick Tremblay et Véronique Marchand. Une production d’Absolu Théâtre. À la salle intime du théâtre Prospero, jusqu’au 9 février.