«Les Coleman-Millaire-Fortin-Campbell»: quelle famille!

Trois générations cohabitent dans un quotidien chaotique et désorganisé jusqu’à ce que la grand-mère, le ciment du groupe, doive être hospitalisée.
Photo: Marie-Andrée Lemire Trois générations cohabitent dans un quotidien chaotique et désorganisé jusqu’à ce que la grand-mère, le ciment du groupe, doive être hospitalisée.

Le Théâtre à l’eau froide a la bonne idée de miser sur d’intéressants textes étrangers contemporains. Après le catalan Buffles, la jeune compagnie fait découvrir à Fred-Barry une pièce de l’Argentin Claudio Tolcachir. Une oeuvre montée dans plusieurs pays, grâce sans doute à son thème universel : la famille. Un cocon qui peut être à la fois un système de soutien, une codépendance, et une prison qui nous enchaîne les uns aux autres.

Les Coleman-Millaire-Fortin-Campbell, on s’en rend compte vite, ne forment pas vraiment une famille typique. Chaque membre, ou presque, de cette tribu désargentée porte un patronyme différent, preuve de l’instabilité du clan engendré par Loulou (Louise Cardinal). Trois générations cohabitent dans un quotidien chaotique et désorganisé. Jusqu’à ce que la grand-mère (merveilleuse Muriel Dutil), qui est un peu le ciment du groupe, doive être hospitalisée. La bruyante tribu fait alors de sa chambre à la clinique son nouveau port d’attache. Au grand dam de la chic Véro (Catherine Beauchemin), la seule des quatre enfants qui, parce qu’elle a été élevée par son père, a échappé à cet enfer sartrien dont chacun rêve de s’émanciper.

La pièce a été créée en 2005, quelques années après la grave crise économique argentine qui a forcé plusieurs personnes à revenir au bercail familial et à partager un toit. Sachant cela, il est tentant d’y lire un sous-texte quasi politique. De voir par exemple dans les grandes différences existant entre la condition socio-économique de Véro et celle du reste de la famille un commentaire sur le caractère arbitraire de ces disparités de classes.

Mais c’est d’abord le portrait d’un clan dysfonctionnel qui ressort de cette production mise en scène par Louis-Karl Tremblay. La précarité familiale est symbolisée par un décor simple, mais transformatif, de Carol-Anne Bourgon Sicard : un mur oblique qui semble menacé à tout moment de s’effondrer. Et le spectacle mise sur quelques compositions fortes. Le personnage de Mario est bien défendu par Simon Landry-Désy, ce fils dépourvu de filtre, dont la parole cinglante mélange innocence et cruauté, inventions obstinées et révélations véridiques. Et il y a, au premier chef, cette mère à l’énergie survoltée et à la maturité d’une adolescente, dont Louise Cardinal fait un personnage à la fois exaspérant et attachant.

Comme dans toute famille, il faut en apprivoiser la couleur particulière. Si la pièce Les Coleman-Millaire-Fortin-Campbell me paraissait au départ un peu gratuitement absurde et agitée, elle se révèle au final une oeuvre noire et cruelle. On va suivre les prochains choix du Théâtre à l’eau froide avec intérêt.

Les Coleman-Millaire-Fortin-Campbell

Texte : Claudio Tolcachir. Traduction et adaptation : Catherine Beauchemin. Mise en scène : Louis-Karl Tremblay. Une production du Théâtre à l’eau froide. Jusqu’au 9 février, à la salle Fred-Barry.