Théâtres d'été - Comédiens et propriétaires

Il y en a pour qui l'aventure du théâtre d'été est si entraînante qu'en plus d'y exercer leur métier d'acteur ou d'actrice, ils décident de sauter la barrière et deviennent producteurs en faisant l'acquisition, en tout ou en partie, d'un théâtre d'été. C'est justement le cas de Rita Lafontaine et de Michel Laperrière.

Le pas est tout de même téméraire quand on sait que les théâtres d'été ne sont pas subventionnés et que le coût d'une production peut facilement grimper aux alentours de 300 000 $. «J'ai passé quelques nuits sans sommeil, avoue Michel Laperrière, qui a hypothéqué sa maison pour acheter la moitié des parts du Théâtre des Cascades. On prend un risque qu'on espère calculé mais, au fond, il faut que ça marche.» Même son de cloche chez Rita Lafontaine qui, elle aussi, a dû emprunter pour financer le Centre des arts Rita Lafontaine.

Centre des arts Rita Lafontaine

Situé à Saint-Joseph de Ham-Sud, le Centre des arts loge dans une église que Mme Lafontaine a achetée. On y a aménagé une salle de théâtre de 300 places ainsi qu'une galerie d'art qui présentera des expositions de peinture et de sculpture. De plus, on offrira aux jeunes des ateliers d'écriture et des cours de théâtre.

Cet été, on y présentera, du 23 juin au 28 août, La Reine mère, une pièce signée Anne Boyer et Michel D'Astous, ces deux auteurs de téléromans aussi populaires que Les Poupées russes et Le Retour. Le Centre accueillera aussi les spectacles de Lise Dion, de Clémence Desrochers et d'Yvon Deschamps.

Dans La Reine mère, Rita Lafontaine campe le personnage de Marion, une veuve énergique qui a toujours la bougeotte. Les choses ne se compliqueraient pas tant si Marion n'avait la mauvaise habitude d'entraîner dans ses aventures ses trois grands enfants, interprétés par Suzanne Champagne, Sylvain Bélanger et Sasha Dominique.

Pourquoi devenir propriétaire d'un théâtre d'été quand on peut se la couler douce en triant ses rôles sur le volet, comme pourrait se le permettre cette grande comédienne qu'est Rita Lafontaine? «Parce que c'est excitant, répond-elle. Je suis en bonne santé et je crois qu'il faut utiliser sa vie au maximum. Je tiens ça de ma mère qui est encore très active.»

Il y a aussi la rencontre avec le public. «C'est un public différent, qui nous connaît d'abord par le biais de la télévision. Et c'est un public très chaleureux.» De plus, cette aventure lui permet de contribuer un peu à l'essor d'une région qu'elle aime depuis maintenant plus de 20 ans et où elle a sa résidence secondaire. «Je n'ai pas lancé ce projet par égocentrisme, dit-elle. Dans ce type de région, on se donne la main et on s'entraide. Les propriétaires de gîtes et de restaurants profiteront, eux aussi, de cette grande visite qui viendra nous voir cet été.»

Le Théâtre des Cascades

Michel Laperrière connaissait le Théâtre des Cascades pour y avoir joué à plusieurs reprises. «C'est un endroit qui me plaisait. Les acteurs étaient bien traités et le public, fidèle, était content. Lorsque deux des quatre actionnaires sont partis, j'ai décidé de prendre la relève.» Il en assume maintenant la direction artistique.

Le Théâtre des Cascades se trouve dans le village de Pointe-des-Cascades, près de Dorion, et jouit d'un site pittoresque puisqu'il est situé aux abords de l'ancien canal de Soulanges, où l'on trouve toujours les vieilles écluses. «C'est un site naturel magnifique que, malheureusement, trop de Montréalais méconnaissent.» Une situation qu'il entend bien corriger.

Cet été, à compter du 10 juin, on y présente la comédie Les Gaffeurs de William Von Zandt et Jane Milmore dans une traduction et adaptation de Johanne Seymour et une mise en scène de Micheline Bernard. Outre Michel Laperrière, la distribution comprend Julie Ménard, Jean Petitclerc, Charles Gaudreau, Mahée Paiement et Marie Michaud. «J'aime les distributions où l'on trouve un mélange d'acteurs connus et d'autres moins connus.»

Les Gaffeurs racontent les aventures rocambolesques de Mario et Jean, un duo d'humoristes dont la vie hors des projecteurs est tout sauf simple. «C'est une très bonne comédie de situation qui s'inspire de la tradition du vaudeville. Évidemment, avec ce genre de pièce, on joue plus large, mais on doit tout de même partir d'une vérité si l'on veut offrir au public une production de qualité.»

Selon Michel Laperrière, l'un des grands plaisirs du théâtre d'été demeure la relation rapprochée et privilégiée avec les spectateurs, et il entend à l'avenir développer davantage cette proximité avec le public. «J'arrive de bonne heure, je parle au public, je demande même aux spectateurs ce qu'ils font dans la vie. Je crois qu'il faut prendre soin du monde qui vous font l'honneur de venir vous voir.»