Carrefour international de théâtre - Une amitié particulière

La 7e édition du Carrefour international de théâtre de Québec commence son opération charme avec Te Amo, une création de Dolores Heredia et de Daniele Finzi Pasca. On se rappelle que ce dernier a, par le passé, valu au festival un de ses succès les plus retentissants, Icaro. Une fois de plus, l'auteur et metteur en scène suisse d'expression italienne reprend le motif de l'amitié particulière, enveloppé chaudement de naïveté clownesque, pour cette coproduction réalisée avec le Mexique.

La singularité de cette amitié vient de ce qu'elle unit une jeune mongolienne à une artiste de cirque soi-disant normale. Sauf qu'elle se déroule sur fond de tristesse, en Baja California. Un ouragan vient d'emporter sur son passage toutes les possessions des artistes ambulants, obligeant Casandra à se fixer au pays de baleines. Elle se consolera de ses pertes grâce aux jeux auxquels elle s'adonne avec Afrodita. Déesse d'une singulière beauté puisqu'elle marie naïveté et maladresse, un visage marqué par la tristesse et un coeur d'enfant.

La connivence scénique des deux interprètes est d'autant plus sentie que Ana et Dolores Heredia sont soeurs dans la vie. À cet atout, Daniele Finzi Pasca ajoute encore, à son habitude, la complicité du public. Par moments, Casandra prend les spectateurs à témoin lorsqu'elle conte son récit dans le français approximatif et poétique, qui est le sien. À d'autres, c'est Afrodita qu'elle tente de consoler par ses histoires de «french kiss», de mariage, de baleine et d'invités à un repas imaginaire. Plus réussis encore s'avèrent les petits jeux où le comique visuel est à l'avant-plan. Le duo magique où les deux amies jouent à se frapper et à pleurer fait songer, quant à lui, à ce que Pipo del Buono était venu présenter au Carrefour il y a quelques années.

Pourtant, la touche Finzi Pasca se reconnaît au parfum d'enfance, d'incongruité clownesque, parfois un peu dégoulinant de bons sentiments. Un lit couché sur un tapis de sable, des flacons bleus à l'avant-scène, deux ou trois voleries nous transportent dans ce lieu hors du temps. Avouons que la misère, la souffrance, le racisme, la marginalité, se profilent derrière cette fantaisie poétique, mais toujours tenus à distance, le créateur adressant son Je t'aime aux enfants que nous n'avons peut-être pas tout à fait cessé d'être.