«Bon!»: les mots pour le dire

La complicité est palpable entre Zoé Vanier-Schneider et Christiane Raymond.
Photo: Paul-Patrick Charbonneau La complicité est palpable entre Zoé Vanier-Schneider et Christiane Raymond.

Le Théâtre de Quartier profite du temps des Fêtes pour dévoiler Bon !, une création destinée aux spectateurs de 2 à 6 ans. Dans la lignée de Glouglou, Les petits orteils, Le nid vide et Ça, le nouvel opus de Lise Gionet et Louis-Dominique Lavigne offre aux enfants (et à leurs parents) une expérience intimiste et enveloppante ; quarante minutes de douce lumière, d’ombres ravissantes, de délicates notes de clarinette et de mots souverains.

Assis sur des coussins à même la grande scène du Théâtre Outremont, les spectateurs sont entourés d’arbres, ou plus précisément de charmantes évocations de troncs, de branches et de feuilles. Dans cette clairière, au coeur d’une forêt accueillante, au détour d’un joli sentier vont surgir une grand-mère et sa toute petite-fille, Corinne. Les personnages campés par Christiane Raymond et Zoé Vanier-Schneider sont fort attachants. Entre les deux comédiennes, la complicité est palpable. Banale et néanmoins extraordinaire, l’expédition du tandem, remplie de jeux et de contes, d’oiseaux et d’étoiles, sans oublier le troupeau de vaches, servira d’alibi à quelques leçons sur la vie et la filiation, la nature et la culture, la poésie et l’imagination, le passé et le futur.

Plus encore, il est question des mots, de leur importance, des pouvoirs qu’ils procurent et des responsabilités qu’ils comportent. Ainsi, mine de rien, sans jamais verser dans le didactisme, la grand-mère, dont on apprend qu’elle écrit des livres pour les enfants, donne à sa petite-fille des clés pour appréhender des notions aussi cruciales et complexes que le consentement et la transmission. On se permet d’inventer des expressions. On fait retentir les syllabes. On se délecte des sons. On se souvient d’où l’on vient tout en attendant demain de pied ferme. Vous aurez compris que le texte de Lavigne est superbe, assez pour que les spectateurs de tous âges se régalent.

La balade prend une tournure un brin plus grave lorsque la grand-mère et l’enfant découvrent, au moment où le soleil se couche, qu’elles se sont égarées et que le téléphone ne capte aucun réseau. La situation, vite dénouée, est pour ainsi dire la seule péripétie de l’expédition. Pour captiver davantage le jeune auditoire, ajouter un ou deux rebondissements à un nombre considérable de mots, une ou deux interactions directes, ne ferait sûrement pas de mal. Ce sont là de petites mises au point que les créateurs de ce spectacle en début de course auront bien le temps de réaliser.

Bon !

Texte : Louis-Dominique Lavigne. Mise en scène : Lise Gionet. Une production du Théâtre de Quartier. Au Théâtre Outremont jusqu’au 6 janvier.