«Consentement»: vérité et conséquence

Anne-Élisabeth Bossé dans «Consentement»
Photo: Caroline Laberge Anne-Élisabeth Bossé dans «Consentement»

Chez Duceppe, dans le temps des Fêtes, la tradition veut qu’on programme une comédie, une pièce légère, cocasse, qui s’appuie sur des imbroglios et des quiproquos, des ressorts comiques dont on se contentera de dire qu’ils ont beaucoup servi. Cette année, non sans courage, les nouveaux codirecteurs de la maison ont plutôt retenu un texte abordant certains des enjeux intimes et collectifs, psychologiques et juridiques de l’agression sexuelle : Consentement.

La pièce de Nina Raine, sa quatrième, créée à Londres en 2017, ici brillamment traduite par Fanny Britt, est mise en scène par Frédéric Blanchette, qui s’était déjà porté à la défense de Tribus, le deuxième effort de l’auteure britannique, à la Licorne en 2014. Au bonheur de retrouver la langue implacable de la dramaturge, des dialogues souvent drôles, parfois graves, toujours cinglants, s’ajoute celui de renouer avec la direction exquise du metteur en scène, cette précision, cette sobriété, cette confiance sans bornes envers l’interprète et son art.

D’abord, on pourrait croire à une autre de ces pièces sur les aléas de la vie de couple en Occident au XXIe siècle. Nantis, presque tous avocats, les personnages — incarnés par des comédiennes et des comédiens hors pair — se débattent avec la parentalité, la fidélité et la conciliation travail-famille. Alors que Kitty et Edward (Anne-Élisabeth Bossé et David Savard) sont parents depuis peu, leurs meilleurs amis, Rachel et Jake (Véronique Côté et Patrice Robitaille), ont, pour le meilleur et pour le pire, quelques années d’avance.

Au moment où Edward, avocat de la défense, accueille chez lui son collègue Tim (Mani Soleymanlou), procureur de la Couronne, pour le présenter à une amie de sa femme, Zara (Cynthia Wu-Maheux), la pièce prend une tournure plus grave. Voir les deux hommes, qui se font face le jour dans une affaire d’agression sexuelle, badiner le soir en levant le coude et en fumant quelques joints suscite un malaise qui ne cessera de s’accentuer.

Pour aborder des notions comme le consentement, le viol conjugal ou encore l’empathie, l’auteure entrelace le combat de Gayle (Marie Bernier), la victime, et les déboires amoureux un brin vaudevillesques des avocats qui sont engagés dans la cause. La pièce n’est pas un plaidoyer, elle ne prend parti ni pour ni contre personne, mais elle expose la situation de manière admirablement complexe. Elle met en procès d’abord les individus, leurs comportements et leurs argumentaires, puis le système de justice, ses failles, ou à tout le moins ses incongruités. Faisant habilement écho au mouvement #MeToo et à ses suites — on vous laisse le plaisir de découvrir comment —, le spectacle pose une foule de questions cruciales. Espérons que ce soit le début d’une nouvelle tradition.

Consentement

Texte : Nina Raine. Traduction : Fanny Britt. Mise en scène : Frédéric Blanchette. Au théâtre Jean-Duceppe, jusqu’au 2 février.