«Pigiami»: folie en pyjama

L’un plus méticuleux, l’autre plus balourd et brouillon, les person­nages forment un couple qui rappelle fortement Sol et Gobelet.
Photo: Giorgio Sottile L’un plus méticuleux, l’autre plus balourd et brouillon, les person­nages forment un couple qui rappelle fortement Sol et Gobelet.

C’est l’heure d’aller au lit, mais le plaisir d’inventer mille et une excuses pour reporter ce moment l’emporte sur le sommeil, qui devra attendre au moins le temps du spectacle. Porté par une énergie et une folie contagieuses, le duo composé de Lino (Pasquale Buonarota) et de Sandro (Alessandro Pisci) transforme la chambre à coucher en une salle de jeux pleine de tous les possibles dans Pigiami (pyjamas, en italien).

Véritable ode à l’imaginaire, cette piècecréée par le Teatro dell’Angolo — intégré depuis 2005 à la Fondazione Teatro Ragazzi e Giovani Onlus — offre jusqu’au 6 janvier à la Maison Théâtre de Montréal un spectacle clownesque qui met à l’honneur la simplicité, le jeu et l’humour dans une ronde des plus enlevantes.

Dans une mise en scène ludique et, disons-le, complètement folle, signée Nino D’Introna et Giacomo Ravicchio, Lino et Sandro, en éternels gamins, exploitent tous les accessoires du décor, les transformant pour leur donner une tout autre dimension. Une chemise devient ainsi, sous l’oeil des enfants attentifs, un serpent ; des bottines, un train à vapeur ; un parapluie, un hélicoptère ; des pantoufles, des petites voitures conduites par les mains des acteurs, et ainsi de suite.

Le tout change au gré des humeurs, mais surtout des activités inventées par les garçons, qui recréent en fin de compte la nature même des petits, leur spontanéité, le plaisir de jouer sans contrainte ni limite. Tout autour devient ainsi matière à s’amuser. L’ardeur déployée par Buonarota et Pisci pour mener à bien cette histoire, écrite par Graziano Melano et remplie de petits tableaux tous plus truculents les uns que les autres, est à couper le souffle. Entre danse, combats d’oreillers, culbutes et autres singeries, le duo, jamais à bout de souffle, déborde d’énergie et semble prendre un malin plaisir à amuser les enfants.

Pour le plaisir de rire

Et ils ont ri, les petits. Sans s’arrêter, ou presque, depuis l’entrée en scène de Sandro jusqu’à la finale, où les deux comédiens, même une fois couchés, continuent de se taquiner, de se surprendre et de se relancer. Tous les échanges entre les personnages ont su capter l’intérêt des enfants, mais certaines scènes ont fait résonner des éclats plus puissants, notamment celle pendant laquelle le duo décide de jouer à la maman. Le français coloré d’accent italien des comédiens se mêle à des tonalités aiguës pendant qu’ils s’efforcent de marcher comme des femmes et de cajoler leur petit. L’un plus méticuleux, l’autre plus balourd et brouillon, les personnages forment un couple qui rappelle fortement Sol et Gobelet — non seulement par leur vigueur et leur tempérament, mais aussi grâce à la démesure qui prend vie sur scène.

Si le décor initial est propre et bien rangé, la suite laisse place à un changement radical. À coups d’objets projetés à travers le décor, d’eau versée sur la tête de l’un ou sur le lit de l’autre, de meubles déplacés pour leur donner de nouvelles fonctions, de poudre pour bébé lancée ici et là pour camoufler l’odeur de leurs pieds, la scène — sur laquelle ils marchent bien sûr pieds nus — devient un terrain de jeu sans loi, sans règle, sauf celle du déploiement de l’imaginaire, dans lequel on a envie de sauter. Un beau moment.

Pigiami

Texte : Nino D’Introna, Graziano Melano et Giacomo Ravicchio. Mise en scène : Nino D’Introna et Giacomo Ravicchio. Interprètes : Pasquale Buonarota et Alessandro Pisci. Une production de Fondazione Teatro Ragazzi E Giovani Onlus. À la Maison Théâtre, jusqu’au 6 janvier 2019.