«Avant l’archipel»: joyeux naufragés

C’est d’abord et avant tout la conviction et la complicité des interprètes, en constante interaction avec le public, qui rendent unique cette aventure de plus ou moins une heure.
Photo: Marianne Duval C’est d’abord et avant tout la conviction et la complicité des interprètes, en constante interaction avec le public, qui rendent unique cette aventure de plus ou moins une heure.

Après avoir parcouru le Canada d’est en ouest, Danielle Le Saux-Farmer et André Robillard sont à Montréal ces jours-ci pour présenter Avant l’archipel entre les murs de la Salle Fred-Barry. Destinée aux spectateurs de 11 ans et plus, la pièce d’Emily Pearlman, une auteure basée à Ottawa, a été traduite par Le Saux-Farmer et mise en scène par Joël Beddows.

Affirmer que les aventures de Lénaïque la Magnifique (Le Saux-Farmer) et Brévalaire Spectaculaire (Robillard) font la part belle aux mots tient de l’euphémisme. Disons plutôt que la cultivatrice de fruits-dragons et le jeune musicien savent faire la fête au langage, soigner les rimes et les métaphores, les expressions en voie d’extinction aussi bien que les néologismes, en somme célébrer la poésie, mais tout en condamnant les vilains pléonasmes. Sur leur péninsule, « le son se mesurait par les clignements d’un colibri et le temps n’était qu’un passant. Les mots comprenaient les silences qui les séparaient et on cueillait l’espoir dans les arbres. »

Un public sollicité

Chaque dimanche, lorsque celle qui écoute « les fruits jacasser et mémérer » et celui qui tricote « des tuques truffées d’allégories » se retrouvent au marché du continent, leur amour prend un peu plus d’ampleur. Il faut voir avec quelle vivacité de corps et d’esprit ces deux-là se courtisent sous le regard généralement attentif des jeunes spectateurs qui les observent de part et d’autre de la scène. Parce que si le conte est joli, l’espace enchanteur et les mots souverains, c’est d’abord et avant tout la conviction et la complicité des interprètes, en constante interaction avec le public, qui rendent unique cette aventure de plus ou moins une heure.

Ainsi, les acteurs n’hésitent pas à comparer les spectateurs à des oiseaux ou à des étoiles. Ils les interrogent amplement, leur murmurent des secrets à l’oreille, les invitent à se produire sur scène ou à partager une bonne blague. Soigneusement dirigés par Joël Beddows, Le-Saux Farmer et Robillard démontrent leurs talents de comédiens, bien entendu, mais aussi de conteurs, de chanteurs et de danseurs, sans oublier leur capacité à improviser et à réagir aux interventions étonnantes, voire saugrenues, de leur jeune auditoire… Tout cela est pour beaucoup dans le charme irrésistible du spectacle.

Avant l’archipel

Texte : Emily Pearlman. Traduction : Danielle Le Saux-Farmer. Mise en scène : Joël Beddows. Une coproduction de l’Irréductible petit peuple, du Théâtre la Catapulte et du Théâtre français de Toronto. À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 19 décembre.