Théâtre - Cul-de-sac

Trois êtres dépareillés occupent une région différente du plateau. Pour les besoins de cette nouvelle production des Moutons noirs, il est très étroit, ce plateau. À gauche, sur le lit, un type arbore une allure de momie. Au centre, un casier et une chaise forment le territoire de l'infirmière. À droite, un «quatre-par-quatre» dans lequel est posté un policier. Le thriller peut commencer. Pesamment, les trois récits vont s'entremêler et mener à un cul-de-sac. Du moins en matière d'intérêt pour le spectateur.

En effet, Imago, de Marie-Christine Lê-Huu (Les Enrobantes), se perd dans les détails épidermiques, les circonlocutions psychologiques compliquées, les motivations supposément cachées mais, au bout du compte, trop clairement exposées. Dans ce cas précis, les êtres sont en proie à une sexualité obsédante qui les fait, autant qu'ils sont, basculer dans la folie. Or quoi de plus ennuyeux, au fond, que de voir l'essentiel expliqué pour la simple raison que tout le monde a perdu les pédales? Surtout les psychiatres. Il y a en a un, bien entendu, dans cette histoire. Qu'un tel sort l'attende lui aussi montre que les clichés ont la vie dure sur cette terre de Caïn.

Prenons tout de même le temps d'en décrire le point de départ. Un meurtre est survenu. Une jeune femme a été assassinée. Un homme venait de la quitter. Un enquêteur enquête. Une infirmière veille. Un psychiatre surveille. C'est à peu près tout, je pense. Le reste est psychologie. Relativement tordue.

Pour entrer dans les méandres d'Imago (qui, selon le dictionnaire, renvoie à la forme définitive d'un insecte sexué qui passe par certaines métamorphoses), le metteur en scène Normand Daneau a fait appel à une distribution éclectique: Andrée Vachon, Kevin McCoy et Jean Maheu. S'il faut juger de leur jeu relativement à la subtilité avec laquelle chacun est emporté par la folie, Maheu est le plus crédible, suivi de Vachon puis, en tout dernier lieu, de McCoy. Plus objectivement, je serais porté à croire que la courbe de réussite correspond au degré de vraisemblance conféré par l'auteure à ses créatures. Est-il plus facile de camper un policier terre à terre qu'une infirmière nymphomane ou un humilié de toute éternité portant bandelette? Poser la question, me semble-t-il, c'est y répondre.

De la mise en scène de Daneau, je peux dire qu'elle épouse le caractère clinique de ce récit qui se déroule en grande partie dans l'aile psychiatrique d'un hôpital de demain, c'est-à-dire bardé de caméras de surveillance. Peut-être qu'en fouillant un peu de ce côté, Daneau aurait pu mieux faire ressortir la paranoïa inscrite dans cette écriture de la cruauté étudiée. Avec un tel éclairage, qui sait si l'intérêt à voir ces êtres sombrer ne se serait pas maintenu plus longtemps? Pour l'instant, c'est une heure vingt minutes qui paraît plus longue que nécessaire.