«Souveraines»: à la hauteur

Loin de se limiter aux reines, le spectacle aborde la notion de souveraineté au féminin dans toute sa complexité, retentit comme un appel aux mères, aux amies, aux amantes et aux sœurs.
Photo: Bruno Guérin Loin de se limiter aux reines, le spectacle aborde la notion de souveraineté au féminin dans toute sa complexité, retentit comme un appel aux mères, aux amies, aux amantes et aux sœurs.

Alors que la présidente Claire Hale Underwood dévoile son réjouissant cabinet sur Netflix, Rose-Maïté Erkoreka aborde sur la scène du Quat’Sous le vaste sujet du pouvoir au féminin. Au-dessus du spectacle orchestré par Marie-Josée Bastien planent les déclarations de Benazir Bhutto, d’Hillary Clinton et de Pauline Marois, mais aussi celles de figures plus controversées, comme Marine Le Pen, Angela Merkel et Margaret Thatcher.

Son premier texte, Erkoreka a eu la brillante idée de le camper dans l’une des structures sociales qu’elle connaît le mieux : la troupe de théâtre. Rappelons qu’au cours des seize dernières années, la comédienne et ses comparses du Théâtre de la banquette arrière ont créé, promu, produit et répété pas moins de douze spectacles. En s’inspirant de cette admirable expérience, l’auteure a imaginé une salle de répétition, un microcosme, lieu de tous les possibles, de toutes les inventions, mais aussi détonant bal des ego, où il arrive que se mettent en branle les rouages de la domination, et où s’opèrent même de troublants abus de pouvoir.

Lorsque les membres du « semi-professionnel » Théâtre de l’Esturgeon doivent choisir entre l’adaptation des Rois maudits défendue par Phil (Sébastien Dodge, tyrannique à souhait) et le collage de reines célèbres, fictives ou réelles, signé par Maïa (Erkoreka, particulièrement habitée), c’est le début d’une guerre où tous les coups sont permis, un conflit dans lequel les personnages joués par Amélie Bonenfant, Anne-Marie Levasseur, Lise Martin, Éric Paulhus et Simon Rousseau sont bien malgré eux entraînés.

En se servant des accessoires et des costumes qui se trouvent dans leur local de répétition, les interprètes vont glisser du comique au tragique, du trivial au crucial dans un ballet ingénieusement réglé par Marie-Josée Bastien. Entrelaçant habilement le réel et la fiction, le présent et le passé, l’intime et le politique, la représentation évoque le terrible sort qui est accordé aux femmes qui osent convoiter le pouvoir. On campe avec conviction les souveraines de Shakespeare et de Montherlant. On emprunte aux discours d’Élisabeth 1re en 1588 et de Pauline Marois en 2012. On entonne même une version féminisée du poignant Chant d’un patriote de Félix Leclerc.

En somme, loin de se limiter aux reines, le spectacle aborde la notion de souveraineté au féminin dans toute sa complexité, retentit comme un appel aux mères, aux amies, aux amantes et aux soeurs, une incitation à l’indépendance et à l’engagement, au rêve et au décloisonnement. Vous avez dit inspirant ?

Souveraines

Texte : Rose-Maïté Erkoreka. Mise en scène : Marie-Josée Bastien. Une production du Théâtre de la banquette arrière. Au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 8 décembre.