«Conte du littoral»: épopée créative du côté de Ferron

Sans être une adaptation de l’œuvre ou d’un roman de Ferron, la pièce propose une immersion dans son univers créateur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Sans être une adaptation de l’œuvre ou d’un roman de Ferron, la pièce propose une immersion dans son univers créateur.

Inspiré par l’oeuvre, mais aussi par la vie de l’auteur et médecin Jacques Ferron, le théâtre de marionnettes L’Illusion, en collaboration avec le Village en chanson de Petite-Vallée, investit l’imaginaire de l’écrivain dans Conte du littoral, un tout nouveau spectacle qui sera présenté en première pendant le festival Les coups de théâtre.

Sans être une adaptation de l’oeuvre ou d’un roman de Ferron, la pièce propose une immersion dans son univers créateur. Isolé afin d’écrire, un auteur se laisse tranquillement et graduellement envahir par son imaginaire. « Un peu à son insu, et doucement, les personnages vont prendre toute la place dans son espace et réussir à l’emmener complètement dans leur univers à eux », raconte au Devoir Sabrina Baran, la metteure en scène et codirectrice artistique de L’Illusion.

« Nous n’avons pas voulu faire un portrait qui soit totalement réaliste ou historique de l’homme. Mais nous nous sommes plutôt laissés porter par nos intuitions pour qu’il devienne notre vision à nous, notre fantôme de Jacques Ferron. Cet auteur, ce médecin qui veut désespérément créer. Il est la base de l’inspiration », poursuit-elle.

L’immense respect et l’intérêt pour cet homme qui a marqué le Québec ont servi de point de départ à la pièce qui s’est faite en collaboration avec les gens du Village en chanson et de la côte gaspésienne, là où Ferron a exercé son métier de médecin pendant quelques années. « L’idée a germé avec Alan Côté et Marc-Antoine Dufresne, explique Baran. On décrit souvent le style de Ferron comme étant du réalisme merveilleux, très ancré dans le Québec, mais empreint d’une belle folie. Notre Conte du littoral reflète la Gaspésie telle que mise en scène par l’auteur. On ne pouvait pas choisir une seule oeuvre, donc notre texte — écrit par Louis-Charles Sylvestre — devient une histoire à part entière […]. On a bien sûr gardé ses mots et sa poésie. »

Le travail, qui aura duré deux ans, a été ponctué de plusieurs allers-retours sur la côte gaspésienne, là où l’équipe de L’Illusion a travaillé de concert avec les jeunes et les adultes de la place. « Les jeunes des écoles primaires qui entourent le Village en chanson nous ont suivis dans les étapes de notre création. […] Et nous avons fait la même chose pour la composition de la musique, qui est assurée par le petit-fils de Jacques Ferron, Nicolas Ferron, qui fera partie intégrante du spectacle en jouant en direct sur scène. Donc, il a aussi présenté ses idées aux jeunes. C’est précieux d’avoir ce retour pendant le processus. Ça nous nourrit. »

Revisiter le géant

S’attaquer à l’oeuvre de ce géant de la littérature québécoise et offrir une proposition qui respecte et témoigne de son univers sans le dénaturer a provoqué au départ un réel vertige chez Baran et ses acolytes. « Par où commencer ? Après toutes nos lectures, on a décidé d’y aller avec notre sensibilité. On a ressorti des éléments qui nous touchaient plus particulièrement et on s’est fait une cartographie de l’univers ferronien. Louis-Charles s’est reclus pendant quelques mois pour essayer de ramener nos idées dans un texte qui est complètement de lui, mais qui met en lumière de grands moments de l’écriture de Ferron », explique Sabrina. Si la création reste le thème central de ce spectacle mettant en vedette plusieurs marionnettes et quelques humains, l’enfance est, comme le dit Baran, le « fil lumineux qui vient pousser l’auteur à continuer son écriture ».

Dans la quantité et la diversité des propositions offertes en dramaturgie jeunesse, peu encore ont exploré les classiques québécois. Porter Jacques Ferron à la scène, c’est ainsi permettre à la jeune génération de connaître l’homme, le créateur et sa poésie, tout comme aux adultes de se réimprégner de ce géant. Pour Sabrina, faire découvrir ce qui a été fait avant participe de notre culture et de ce que nous sommes. « C’est important qu’on n’oublie pas, de faire un devoir de mémoire en quelque sorte. La littérature québécoise, c’est aussi la base de notre culture. Ce qu’on aimerait bien, c’est qu’après le spectacle, les gens aient envie de plonger eux aussi dans certaines de ses oeuvres pour découvrir ce qui a déjà été écrit et se laisser emporter par son imaginaire. »

Quelques temps forts au festival

Les petits sont conviés à À table, un théâtre d’objets sans paroles dans lequel un repas sérieux prend une tournure inattendue (4 ans +). Les préados ne seront pas en reste avec notamment Quichotte, une adaptation libre de L’ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche de Cervantes par le théâtre de marionnettes Ombres folles. Pour les ados, Magalie Chouinard revient avec Âme nomade, une pièce sans paroles inspirée des spiritualités autochtones. Et, enfin, un trio d’auteurs aux horizons différents met en scène Par tes yeux, dans laquelle les adolescents seront conviés à découvrir trois réalités contemporaines.

Conte du littoral

Dès 7 ans. Texte : Louis-Charles Sylvestre. Mise en scène : Sabrina Baran. Une coproduction du Théâtre L’Illusion et du Village en chanson de Petite-Vallée. Dans le cadre des Coups de théâtre, les 12 et 13 novembre, 10 h, au théâtre Rouge du Conservatoire.