«La LNI s’attaque au cinéma»: crever l’écran

Les comédiens de la LNI s'approprient les codes du cinéma.
Photo: Pascale Gauthier Les comédiens de la LNI s'approprient les codes du cinéma.

Fondée en 1977, la Ligue nationale d’improvisation (LNI) tente depuis quelques années de se réinventer en offrant à ses aficionados autre chose que le traditionnel match d’improvisation. Pour ce faire, l’organisation a en quelque sorte choisi d’entraîner le spectateur dans le laboratoire de l’improvisation, de lui en exposer les tenants et les aboutissants, la courageuse fabrication. C’est dans cet esprit que l’on présente ces jours-ci à Espace Libre La LNI s’attaque au cinéma.

De la même manière que l’on disséquait l’oeuvre d’un dramaturge dans La LNI s’attaque aux classiques, de Shakespeare à Michel Marc Bouchard en passant par Sarah Kane et Carole Fréchette, on entre cette fois de plain-pied dans l’univers d’un cinéaste. Le soir de la première, Sophie Caron, Pier-Luc Funk et Amélie Geoffroy (l’un des cinq trios d’acteurs-improvisateurs) se familiarisaient avec les rouages du cinéma d’Alfred Hitchcock, un exercice périlleux réalisé avec aisance sous la supervision de Jean-Philippe Durand, Christian Laurence et François-Étienne Paré. Notez que les représentations restantes sont consacrées aux longs métrages de Denys Arcand, Léa Pool, Stanley Kubrick, Agnès Jaoui, André Melançon et des frères Coen.

Didactique dans le meilleur sens du terme, la première partie du spectacle dure 60 minutes. En s’inspirant des motifs hitchcockiens nommés et expliqués par Durand — construction du suspense, objet mystérieux ou fatal, récurrence d’une femme blonde, baisers chastes, etc. —, les comédiens vont s’adonner à la création spontanée, tout comme le musicien Éric Desranleau, l’éclairagiste Maxime Clermont-M. et la vidéaste Geneviève Albert.

Exercice de style, classe de maître, cette suite de courtes improvisations (retransmises sur l’écran surplombant la scène) offre sans contredit les moments les plus réussis de la soirée. Dans la salle, remplie d’habitués, un public connaisseur et généreux, les rires fusent, les applaudissements retentissent. Après un bref entracte, l’équipe donne naissance à un film improvisé de 30 minutes. Malheureusement, cette étape ne transcende pas la première. Il s’agit en somme d’un collage de ce qui a été développé précédemment.

De tout le spectacle, l’aspect le plus intéressant est la cohabitation des langages du théâtre et du cinéma. Le plus souvent, les codes, pourtant fort distincts, se complètent, se nuancent, se répondent, ajoutent à la polysémie (et à la drôlerie) de la représentation. Ces riches allers-retours entre le plateau et l’écran évoquent bien entendu le travail de Robert Lepage, mais aussi celui des nombreux créateurs du théâtre européen qui ont compris le pouvoir immense de l’image fabriquée, captée et retransmise en direct sur scène.

La LNI s’attaque au cinéma

Mise en scène : François-Étienne Paré. Animation et dramaturgie : Jean-Philippe Durand, Christian Laurence et François-Étienne Paré. Une production du Théâtre de la LNI. À Espace Libre jusqu’au 10 novembre.