«La convivialité»: corriger l’orthographe

Les professeus Arnaud Hoedt et Jérôme Piron mettent en relief les absurdités de l’orthographe.
Photo: Véronique Vercheval Les professeus Arnaud Hoedt et Jérôme Piron mettent en relief les absurdités de l’orthographe.

L’orthographe, ce n’est pas la langue. L’orthographe, c’est l’écriture de la langue. Voilà ce que les Belges Arnaud Hoedt et Jérôme Piron tiennent à rappeler à celles et ceux qui auraient tendance à l’oublier. Spectacle-conférence irrésistible dont la drôlerie n’a d’égale que la pertinence, La convivialité est présenté à la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier après avoir largement sillonné la Belgique et la France depuis 2014.

Hoedt et Piron ne sont pas des hommes de théâtre, mais plutôt des professeurs. Le premier enseigne le français, le second la religion. C’est durant leurs études en linguistique qu’ils constatent que la langue française est très souvent arbitraire. Pour faire entendre leur point de vue, plutôt impopulaire dans certains milieux, les comparses ont donné naissance à un spectacle d’une rare finesse, plus ou moins soixante minutes de déconstruction en bonne et due forme de ce qu’ils appellent le dogme de l’orthographe française.

Sans se prendre la tête ou prêcher, sans condamner ou ordonner, le tandem se contente de mettre en relief, mais de manière tout à fait implacable, à coups d’exemples cocasses et de démonstrations hilarantes, les nombreuses absurdités du code graphique qui permet de retranscrire la langue orale, un tissu de règles et d’exceptions aux origines souvent fort étonnantes. Des douze façons d’écrire le son « s » à l’accord du participe passé, des pluriels en « x » aux lettres muettes, de l’Antiquité à l’Académie française, Hoedt et Piron abordent le sujet en détail. Tout de même, l’ajout d’un tableau à propos du sexisme de la langue française ne ferait pas de mal.

À l’aide d’illustrations, de diagrammes et d’animations, sans oublier une bonne dose d’interactivité, les deux charismatiques conférenciers livrent un objet scénique dont on peut dire qu’il est didactique dans le sens le plus noble du terme.Ce que le spectacle fait le mieux, c’est sans contredit de mettre en lumière les nombreuses résistances à une réforme de l’orthographe. Ainsi, on voit peu à peu apparaître les multiples ramifications, notamment identitaires, culturelles, sociales et éducationnelles, de la question. À quand une orthographe conviviale ? À cette question, Hoedt et Piron répondent : quand on comprendra que faire évoluer l’orthographe, c’est défendre la langue.

La convivialité

Texte : Arnaud Hoedt et Jérôme Piron. Mise en scène : Arnaud Pirault, Clément Thirion et Dominique Bréda. Une production de Chantal Bernadette. À la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 10 novembre.