«La mère troll»: de l’amour maternel

Jasmine Dubé se sert de tous les objets de la salle de lavage présents sur scène pour évoquer le monde qu’elle nous raconte.
Photo: Rolline Laporte Jasmine Dubé se sert de tous les objets de la salle de lavage présents sur scène pour évoquer le monde qu’elle nous raconte.

Entourée de cordes à linge bien remplies, de paniers d’osier tout aussi débordants, une femme s’affaire à la corvée de la lessive tout en attendant l’arrivée de son petit-fils. Mais ce moment du quotidien banal prend une tournure tout à fait inattendue lorsqu’elle redécouvre un livre qu’elle avait oublié depuis un moment. Des trolls et des hommes, de Selma Lagerlöf. D’un coup, elle plonge les spectateurs dans l’histoire de ce couple de fermiers à qui l’on échange un enfant tout parfait contre un troll.

S’inspirant librement du roman de Lagerlöf, Jasmine Dubé propose, avec La mère Troll, une plongée dans le conte merveilleux. À la manière de Fanfreluche — à laquelle elle fera un clin d’oeil à deux reprises dans le spectacle —, l’auteure et comédienne manie la narration avec doigté. Elle nous fait facilement passer de cette salle de lavage dans laquelle une femme s’adresse aux enfants, commentant les passages qu’elle raconte, à l’univers de cettefamille suédoise aux prises avec un petit troll affreux. Un troll qui crache, mord, se nourrit de grenouilles, de souris et qui n’a rien pour se faire aimer.

Mais la fermière s’occupe tout de même de cette bête hideuse comme si c’était son propre fils. Pourquoi agit-elle ainsi ? « Je ne sais pas pourquoi je fais ça, mais on dirait que je n’ai pas le choix. C’est tu ça, la folie ? », questionne t-elle. Et son mari avec qui elle était heureuse devient rapidement horrifié, dégoûté par sa femme, qu’il ne comprend plus. À l’instar de la poupée Fanfreluche, Dubé pousse plus loin le jeu narratif en discutant avec ses personnages : une fermière, un fermier, des villageois, un troll qu’on ne verra jamais réellement, du moins dans une forme connue.

Le pouvoir d’évocation

La force de cette pièce réside justement dans une mise en scène minutieuse signée Jacques Laroche qui privilégie l’évocation et stimule l’imaginaire. Enfilant un gant rouge trouvé dans son panier à linge, la conteuse transforme sa main gauche en fermière. Puis, un gant de travail dans l’autre main et voici le fermier qui apparaît. Dubé se sert de tous les objets de la salle de lavage présents sur scène pour évoquer le monde qu’elle nous raconte. Une ceinture tient lieu de serpent, un bas vert devient une grenouille, des bas de nylon, des villageois et ainsi de suite. La magie opère à tout coup.

Accompagnée sur scène par le musicien Christophe Papamiditriou, et par Aurélie Brochu Deschênes à la manipulation, Dubé raconte, chante, commente et parvient à maintenir l’attention des petits pendant cette heure qui passe trop vite. Une heure de complète évasion pendant laquelle l’auteure nous parle d’amour maternel dans une prestation solide et très touchante. À preuve, les enfants présents dans la Maison Théâtre ont ri, tapé des mains au rythme de la musique, gardé le silence dans les moments plus graves et, au bout de l’histoire, offert une ovation sentie, chargée d’amour à cette grande dame de théâtre qui leur a permis, pour un instant, d’échapper au réel.

La mère troll

Texte : Jasmine Dubé. Mise en scène : Jacques Laroche. Avec : Jasmine Dubé, Aurélie Brochu Deschênes (manipulation) et Christophe Papadimitriou (musique). Une coproduction du Théâtre Bouches décousues et du Théâtre de la petite marée. À la Maison Théâtre jusqu’au 28 octobre. Public cible : 6-12 ans.