«Neuf [titre provisoire]»: têtes d'enterrement

Sous la grande croix lumineuse qui surplombe la scène, il est d’abord et avant tout question des nombreux enjeux du vieillissement et de la relative imminence de la mort.
Photo: Valérie Remise Sous la grande croix lumineuse qui surplombe la scène, il est d’abord et avant tout question des nombreux enjeux du vieillissement et de la relative imminence de la mort.

Alors que le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui célèbre ses 50 ans, Mani Soleymanlou a choisi d’offrir la scène à cinq représentants de la génération des baby-boomers. Après Un, Deux, Trois, Ils étaient quatre, Cinq à sept et Huit, spectacles où des vingtenaires et des trentenaires levaient le voile sur leurs tourments, le directeur artistique de la compagnie Orange noyée présente ces jours-ci le dernier volet du cycle identitaire qu’il a amorcé en 2011 : Neuf [titre provisoire].

Construit à partir d’improvisations, le spectacle donne à entendre les préoccupations d’un groupe d’acteurs vieillissants : Henri Chassé, Pierre Lebeau, Marc Messier, Mireille Métellus et Monique Spaziani. Ce sont en bonne partie leurs mots et leurs idées qui résonnent sur scène, leurs doutes et leurs angoisses, leur grandeur et leur petitesse, des confessions qui sont reliées entre elles par la musique — de la Symphonie no 9 de Glass à la Pavane de Fauré en passant par Michael Jackson (You Are Not Alone) et Alphaville (Forever Young) —, mais aussi par un texte plus poétique, narration par le truchement de laquelle se manifeste l’auteur, avec des formules telles que : « Un dernier coup et la mort plantera ses racines dans le corps du vivant. »

Réunis pour l’enterrement d’un collègue, les cinq protagonistes abordent en vrac les sujets les plus divers : de l’amour à la révolution, de l’art à la politique, de la vie intérieure à la vie en société. Mais, sous la grande croix lumineuse qui surplombe la scène, il est d’abord et avant tout question des nombreux enjeux du vieillissement et de la relative imminence de la mort. « Va falloir mourir », lance l’un d’eux à l’attention de sa mère agonisante, aussi bien dire à lui même. Alors que certaines discussions autour du cercueil sont profondes, émouvantes, existentielles, la plupart d’entre elles versent dans la comédie, voire dans la bouffonnerie. Une manière comme une autre de conjurer la mort.

Devant ce portait d’une génération, certes, mais aussi d’un milieu, celui du théâtre, une question subsiste : à qui s’adresse ce spectacle ? Ou plutôt qui sera susceptible d’être interpellé par lui ? Les baby-boomers, certainement, qui apparaissent ici plus angoissés par l’état de leur vessie ou de leurs dents que par celui de la planète. Risquent également d’y trouver leur compte les nostalgiques d’un temps meilleur, ceux qui déplorent le manque d’envergure intellectuelle et politique de notre époque. Quant aux autres, ceux qui ont les deux pieds dans un présent sur lequel ils sont déterminés à agir, gageons qu’ils auront de la difficulté à se sentir concernés.

Neuf [titre provisoire]

Texte et mise en scène : Mani Soleymanlou. Une coproduction du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui et d’Orange Noyée. Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 20 octobre.