Jeunesse en colère

Dans «Youngnesse», cinq interprètes roulent et déboulent, agitent objets et matériaux, brandissent pancartes et bannières.
Photo: Keven Lee Dans «Youngnesse», cinq interprètes roulent et déboulent, agitent objets et matériaux, brandissent pancartes et bannières.

Depuis 2010, Philippe Dumaine offre la scène à des discours qui sont occultés, des états de corps et des prises de parole qui exposent et critiquent les rapports de domination que d’autres se contentent de reconduire. Sous la bannière queer et féministe de Projets hybris, la compagnie qu’il codirige avec Antoine Beaudoin Gentes, Marilou Craft et Danièle Simon, le metteur en scène présente ces jours-ci à La Chapelle une oeuvre multidisciplinaire sur l’énergie politique de la jeunesse : Youngnesse.

Sur scène, un plateau blanc où des ombres multicolores se soulèvent, le groupe Dry Sec (Mathieu Arsenault, Laurence Gauthier-Brown, Samuel Gougoux et Simon Provencher) nous en met plein les oreilles. Autour des instrumentistes, cinq interprètes (Maude Arès, Antoine Beaudoin Gentes, Angie Cheng, Sarah Chouinard Poirier et Danièle Simon) roulent et déboulent, agitent objets et matériaux, brandissent pancartes et bannières. De cette première portion du spectacle, redondante, il faut en convenir, se dégage la révolte de la jeunesse, sa soif de justice, sa contestation du pouvoir, sa colère, mais aussi son désespoir, sa fragilité, sa désorientation.

La deuxième partie de la soirée, où une grande bâche de plastique est d’abord glissée au-dessus de l’assistance, s’appuie sur les mots d’une panoplie d’autrices et d’auteurs. Il est question de patriarcat et de sorcières, d’inégalités et de manifestations, de statu quo et d’alternatives. On reconnaît entre autres les noms de Majolaine Beauchamp, Maxime Catelier, Julie Doucet, Madeleine Gagnon, Huguette Gaulin, Marie-Andrée Gill et Hélène Monette. On découvre notamment ceux de Billy-Ray Belcourt, poète de la nation crie Driftpile, Daphne Gottlieb, poète de performance basée à San Francisco, et Danez Smith, poète américain noir et queer.

Paradoxalement, à ces voix cruciales, à ces points de vue essentiels, aux idées de ces artistes sciemment silenciés, le spectacle offre une maigre tribune. C’est que la musique, forte, omniprésente, nous prive le plus souvent des mots. Quand le niveau sonore diminue, ce n’est guère mieux, les textes étant lus de manière simultanée, se cannibalisant les uns les autres. De la part d’une équipe qui a démontré avec Propositions for the AIDS Museum sa capacité à embrasser avec nuance et clarté de vastes sujets, sans pour autant se conformer à quelques diktats dramaturgiques poussiéreux, on s’étonne de recevoir un spectacle où la pluralité des voix mène à la cacophonie.

Youngnesse

Mise en scène de Philippe Dumaine, production de Projets hybris, à La Chapelle jusqu’au 28 septembre.