Un théâtre ancré dans son temps à Québec

Olivier Lépine ira à la source du capitalisme, en septembre, alors qu’Isabelle Hubert remettra en question la religion et la tradition, fin octobre. Les spectacles seront tous deux présentés au Périscope.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Olivier Lépine ira à la source du capitalisme, en septembre, alors qu’Isabelle Hubert remettra en question la religion et la tradition, fin octobre. Les spectacles seront tous deux présentés au Périscope.

Le théâtre occupe-t-il une place importante dans la vie de la cité ? Isabelle Hubert et Olivier Lépine, entre autres créateurs à l’affiche cet automne à Québec, sont de ceux qui cherchent à offrir des créations bien ancrées dans leur époque, comme une façon d’infléchir la réponse vers la positive.

Pour ce qui est de déterminer s’il parvient présentement à occuper une place importante, Lépine se fait toutefois tranchant : « C’est sûr que non. » Le théâtre peine à s’imposer, notamment devant l’écran et ses commodités. Et les conditions de création empêchent souvent les créateurs de livrer des pièces à la hauteur de leurs ambitions.

Celui qui ouvre la saison du Périscope avec Chapitres de la chute, saga des Lehman Brothers, un spectacle-fleuve retraçant la naissance du capitalisme, ne désespère quand même pas de présenter des spectacles bien en phase avec l’air du temps — visiblement, le texte de l’Italien Stefano Massini tombe à point, lui qui sera aussi monté en octobre au Quat’Sous dans une direction de Marc Beaupré et Catherine Vidal.

Isabelle Hubert partage le même désir de mieux cerner son époque : son texte Le baptême de la petite, sur le mode de l’humour certes, remettra en question fin octobre la religion et la tradition, à l’heure de l’ouverture au monde. L’automne multiplie toutefois les titres désireux de prendre notre monde à bras-le-corps.

Just In, de Lucien Ratio, ouvre à Premier Acte avec une plongée dans la politique-spectacle. Le Manifeste de la Jeune-Fille, d’Olivier Choinière, offrira en octobre son assaut vitriolique sur la mise en scène du sujet, alors que Baby-Sitter, de Catherine Léger, en novembre, cherchera ses résonnances dans la misogynie, dont l’actualité trace tranquillement les contours. Un projet comme Constituons !, que lance Christian Lapointe ces jours-ci, porte par ailleurs de façon paroxystique le besoin de reconnecter le théâtre à son environnement.

Sur la question initiale, Olivier Lépine risque néanmoins une autocritique : « Je pense que la grande part de responsabilité de son occupation trop peu grande dans la cité revient aux artisans du théâtre. Je trouve que, des fois, on a peur. On a peur de brusquer les gens, on a peur que ça les choque ; on a peur que ce soit trop difficile, que ce soit trop banal. Et on ne franchit pas ce mur-là de la crainte. »

Nouvelle donne

Cette question de l’audace des créateurs, aujourd’hui, se pose toutefois de façon bien singulière. Dans le sillage des scandales qui ont occupé l’été, Isabelle Hubert, dont Le cas Joé Ferguson défrayait la chronique en décembre dernier pour une cigarette fumée sur scène, ose même parler d’un « nouveau monde avec lequel les artistes doivent désormais composer » : « Il y a maintenant une pression sur une pièce de théâtre, elle doit aborder tous les points de vue ; un peu comme un documentaire, plus que comme une oeuvre de fiction. »

« Le danger, c’est que ça devienne un théâtre beige », poursuit Olivier Lépine, dont Chapitres de la chute… raconte la destinée d’une famille juive, entre autres potentiels sensibles. « Avant, on pouvait se dire : “Ça va faire jaser, ça va créer la discussion… c’est merveilleux : c’est une des choses qu’on souhaite du théâtre.” Là, on dirait que la discussion qu’on souhaite à la fin de la pièce, disons qu’on l’a surtout en amont, entre créateurs. »

« À une époque plus ouverte, conclut Isabelle Hubert, oser demandait moins de courage ; mais là, effectivement, ça va en demander de plus en plus. »

Côté répertoire

Si la question des mandats des quatre principales institutions théâtrales de Québec peut faire débat dans le milieu, l’année s’ouvre avec une distinction cette fois plus marquée entre création et répertoire, alors que le Trident et La Bordée offrent des automnes plus ancrés dans les textes établis. L’un et l’autre fixent le rendez-vous au 18 septembre pour l’ouverture de saison : le premier avec Le vrai monde ?, de Tremblay, dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau, le second avec La réunification des deux Corées, du Français Joël Pommerat, ici dans une mise en scène du directeur artistique Michel Nadeau. La saison suivra en novembre au Trident avec La détresse et l’enchantement, les mots de Gabrielle Roy portés par Marie-Thérèse Fortin dans une mise en scène d’Olivier Kemeid, alors que La Bordée proposera The Dragonfly of Chicoutimi, de Larry Tremblay, fin octobre, dans une direction de Patric Saucier.