Dramaturgies en dialogue 2018: Finlande en Québec

Sara Fauteux, du CEAD, note des similitudes entre la dramaturgie de la Finlande et celle du Québec, notamment l’affirmation d’une identité forte.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Sara Fauteux, du CEAD, note des similitudes entre la dramaturgie de la Finlande et celle du Québec, notamment l’affirmation d’une identité forte.

Un petit peuple isolé par sa langue, vivant à l’ombre d’un géant et devant lutter pour affirmer son identité contre une culture dominante, ça vous rappelle quelque chose ? Cette année, Dramaturgies en dialogue braque ses projecteurs sur la Finlande.

L’événement de lectures publiques organisé par le CEAD nous invite à découvrir trois textes de ce théâtre méconnu, pour ne pas dire jamais monté ici, qui ne nous renvoie à aucune grande figure de référence, contrairement à la Suède (Strindberg) ou la Norvège (Ibsen).

La dramaturgie finlandaise s’exporterait relativement peu, notamment en raison de la barrière de la langue (contrairement à celles des trois pays scandinaves, le finnois n’a pas de racines indo-européennes). « Je pense aussi qu’elle circule moins parce que c’est une dramaturgie très jeune », avance Sara Fauteux, ex-collègue du Devoir, désormais responsable des projets internationaux au CEAD.

En la fouillant, plusieurs similitudes avec la dramaturgie québécoise ont pourtant émergé. N’ayant acquis son indépendance qu’en 1917, la Finlande a notamment été longtemps « occupée » par la Suède. « Elle a tellement eu à se battre pour se distinguer [du voisin] soviétique ou russe et de la Suède, dont la langue et la culture sont encore présentes en Finlande. C’est quelque chose qui ressemble au Québec : l’affirmation d’une identité très forte, qui est à l’origine de la culture et de la dramaturgie. »

Sara Fauteux a aussi découvert un théâtre marqué par l’éclatement formel, par une « grande liberté », tant sur le plan des textes que dans le mélange des disciplines artistiques sur scène. Un affranchissement des codes qui provient d’un désir de se libérer du réalisme qui dominait la littérature régionale, pense-t-elle.

« Les dramaturges du Nord sont beaucoup associés à un socioréalisme un peu noir. Or, les textes que nous avons entre les mains ne sont pas du tout dans cette veine-là. Ils sont assez proches de l’absurde, avec beaucoup d’univers étranges. Cet éclatement la rapproche de la dramaturgie québécoise, dont on dit aussi qu’elle est jeune, libérée des conventions. »

Sara Fauteux rappelle toutefois que lorsque Dramaturgies en dialogue invite une dramaturgie étrangère, l’événement « n’a pas la prétention de représenter toute cette dramaturgie, mais plutôt d’ouvrir un dialogue. Et dans ce cas-ci, il y a vraiment un dialogue entre la dramaturgie finlandaise [et la nôtre], du point de vue de la diversité. »

Autre similarité : des textes très axés sur les relations familiales, où la quête du rapport à l’autre transite beaucoup par ces liens fondateurs. Sinon, les trois pièces finlandaises sélectionnées sont « assez différentes les unes des autres ». Sara Fauteux admet sa préférence pour Des gens charmants, d’Antti Hietala. Une comédie grinçante sur un « couple complètement déconnecté », qui repose sur une forme « très intéressante » où des scènes laissées ouvertes sont reprises avec des variations.

Autre comédie décapante, Par la grâce des autorités aborde la situation des réfugiés — une réalité dramatique contre laquelle la société finlandaise reste toutefois « assez protégée ». Campée dans un centre de détention, la pièce de l’auteure E. L. Karhu montre des demandeurs d’asile, avec leurs histoires peuplées de fantômes, face au système bureaucratique.

La responsable du CEAD qualifie enfin La voix de l’autre, de Kati Kaartinen, de la plus énigmatique des trois œuvres. Un texte qui traite « de la difficulté d’entrer en relation avec l’autre, mais aussi de religion, et un peu du contexte politique ».

L’imaginaire du Nord

Afin d’ouvrir un véritable dialogue, une table ronde va mettre en contact, le 26 août, les trois auteurs invités et deux créatrices québécoises qui se sont intéressées au Nord : Luce Pelletier, la directrice d’un Théâtre de l’Opsis en plein Cycle scandinave (qui incluait aussi la Finlande), et José Babin, du Théâtre Incliné, qui « a travaillé avec un artiste circassien finlandais » pour son spectacle Nordicité — créé au nord du cercle polaire norvégien et qui sera présenté à la maison de la culture Maisonneuve, en novembre. Conversation tenue en anglais, avec une « traduction spontanée », La Finlande à Montréal abordera donc les œuvres invitées également à travers le regard qu’on porte sur cette culture d’ailleurs.

Sara Fauteux souhaite élargir le champ d’exploration à la notion d’imaginaire nordique. Selon le concept élaboré par Daniel Chartier, titulaire de la Chaire de recherche sur l’imaginaire du Nord, de l’hiver et de l’Arctique à l’UQAM,ce Nord englobe beaucoup de peuples, dont les Lapons et les Innus. « Ce qui m’a le plus intéressée, c’est cette question du fantasme du Nord. Je pense qu’il nous habite, et qu’on le projette beaucoup sur la Scandinavie et sur la Finlande. » Ces images d’immensité du territoire, de dépouillement, de froid façonnent les dramaturgies, croit-elle. Même si, curieusement, les trois textes choisis « ne relèvent pas du tout de ces lieux communs ».

Dramaturgies en dialogue

Jusqu’au 30 août, au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui