«Fame»: des lendemains qui chantent

La mise en scène de Serge Postigo s’appuie sur des chorégraphies énergiques, mais tristement illustratives et un jeu généralement caricatural.
Photo: Laurence Labat La mise en scène de Serge Postigo s’appuie sur des chorégraphies énergiques, mais tristement illustratives et un jeu généralement caricatural.

Au fil des ans, Fame est devenu ce qu’il est convenu d’appeler une franchise. D’abord et avant tout, il y a le film réalisé par Alan Parker en 1980, poignant portrait de génération au High School of Performing Arts de New York, un incontournable des teen musicals. Suivit rapidement une télésérie, qui connut six saisons, puis un groupe, The Kids from Fame, qui donna cinq albums. En 2009, le cinéaste Kevin Tancharoen offrit un remake plus ou moins heureux. Quant à la comédie musicale, produite cet été par Juste pour rire, elle a été présentée aux quatre coins du monde depuis sa création en 1988.

En plus de ne pas s’inspirer du scénario initial, ni même de ses personnages, la comédie musicale de José Fernandez (livret), Jacques Levy (paroles) et Steve Margoshes (musique) fait également table rase des irrésistibles chansons signées Michael Gore. Ne vous attendez donc pas à retrouver Hot Lunch Jam, Dogs in the Yard ou Is It Okay If I Call You Mine ? Pas plus que la bouleversante I Sing the Body Electric. C’est un deuil qu’il est impératif de faire avant d’assister au spectacle. Les aventures initiatiques des jeunes Serena, Nick, Carmen, Mabel, Joe, Schlomo, Iris et Tyrone comportent tout de même quelques airs entêtants, à commencer par I Want to Make Magic et Bring on Tomorrow.

La mise en scène de Serge Postigo s’appuie sur des projections, jolies, quoique souvent accessoires, un plateau tournant tout à fait inutile, des chorégraphies énergiques mais tristement illustratives et un jeu généralement caricatural. S’il est franchement moins sexiste que Footloose, présenté dans le même créneau l’an dernier, le spectacle s’embourbe cette fois dans les clichés culturels, dépeignant les origines des personnages avec un humour qui manque cruellement de finesse. De l’accent à la gestuelle, en passant par la coiffure et le costume, les stéréotypes dominent de manière embarrassante. N’aurait-il pas été possible de traduire la diversité de ce groupe d’amis de façon plus inventive, plus moderne ?

En ce qui concerne le jeu, il y a bien peu à se mettre sous la dent. Valérie Laroche, Stéphan Allard et Jean-Raymond Châles campent des enseignants crédibles, mais qui passent en coup de vent. Quant à Marie Denise Pelletier, elle est aussi maladroite dans l’interprétation de l’intransigeante Miss Sherman que bouleversante lorsqu’elle entonne These Are My Children. Du côté des élèves, quelques-uns se démarquent : Ibrahim Elmi Galib, alias Junbox, un danseur hip-hop exceptionnel, Gabrielle Fontaine, qui déploie une voix puissante, mais surtout Jordan Donoghue, un interprète qui, grâce à un jeu sensible et à un timbre profond, aura certainement droit à des lendemains qui chantent.

Fame

Conception et développement : David De Siva. Livret : José Fernandez. Paroles : Jacques Levy. Musique : Steve Margoshes. Mise en scène, traduction et adaptation : Serge Postigo. Chorégraphies : Steve Bolton. Direction musicale : Guillaume St-Laurent. Une production de Juste pour rire. Au Théâtre St-Denis jusqu’au 21 juillet.