«Dans nos villes»: pérégrinations accidentelles

Avec sa création «Dans nos villes», Khoa Lê (à droite) a voulu donner carte blanche à des artistes qui auront comme fil conducteur un conte de Jonathan Bernier, inspiré de contes et légendes du Vietnam et narré par Macha Limonchik sur des images de sept réalisateurs.
Photo: Marie-France Coallier Le devoir Avec sa création «Dans nos villes», Khoa Lê (à droite) a voulu donner carte blanche à des artistes qui auront comme fil conducteur un conte de Jonathan Bernier, inspiré de contes et légendes du Vietnam et narré par Macha Limonchik sur des images de sept réalisateurs.

Dans Bà Nôi (2014), son premier long métrage documentaire, Khoa Lê retournait dans son pays d’origine afin d’y rencontrer sa grand-mère. Dans le portrait de cette dame au tempérament de feu, le jeune réalisateur esquissait une réflexion onirique sur l’identité et le métissage. Cette fois, il a eu envie d’explorer le Vietnam à travers les yeux d’autres créateurs et, surtout, de vivre la création autrement que dans les cadres plus rigides du cinéma.

« En théâtre, le terme création prend tout son sens parce qu’on crée en gang, on crée jusqu’à la dernière minute », explique Khoa Lê. Je suis allé chercher des artistes dont j’admire la vision, la démarche artistique. J’ai voulu leur offrir une carte blanche afin qu’ils puissent s’amuser. L’objectif numéro un, c’était qu’ils puissent sortir des paramètres des institutions, des musées, des festivals, des lignes éditoriales, des attentes de tous. L’objectif, c’est de proposer un objet en création et non pas la finalité polie d’un spectacle ou d’un objet artistique. »

Il était sept fois

Intitulé Dans nos villes, ce projet, lancé samedi à l’OFFTA, se décline en sept happenings présentés dans sept lieux par sept musiciens et ayant pour fil conducteur un conte de Jonathan Bernier, inspiré de contes et légendes du Vietnam et narré par Macha Limonchik sur des images de sept réalisateurs.

« C’est un conte qui a été segmenté en petits morceaux, et chaque petit morceau a été confié à des artistes visuels différents. C’est le même conte qui est montré chaque soir », poursuit le réalisateur. La nature du projet, c’est de le découvrir, donc on ne peut pas se planter. En fait, se planter serait une réussite. Il n’y a pas d’objectif autre que de voir des artistes travailler ensemble et créer quelque chose. »

« C’est un conte impressionniste, un pèlerinage à travers Montréal où l’on devine le pont, la montagne, toutes sortes de choses de la ville. Selon l’image, l’emballage sonore, le lieu, je vais être surprise chaque fois, ce sera donc une interprétation personnelle. Khoa est le maître du jeu, je n’ai pas toutes les données qu’il a, et c’est très bien ainsi. C’est une aventure », croit Macha Limonchik.

Déséquilibre créatif

Au moment de la rencontre, Macha Limonchik ne savait pas encore trop ce qui l’attendait le samedi soir où elle allait présenter avec Beaver Sheppard Dans nos villes au restaurant chinois Mon Nan — ce restaurant qui, comme l’a annoncé mercredi dernier Vincent Larouche de La Presse, devra fermer ses portes la nuit afin d’empêcher l’affluence de gangs criminalisés.

« Mon travail d’actrice n’est pas de l’avant, c’est-à-dire qu’il sera peut-être invisible, chuchoté selon le lieu », confie-t-elle. Je m’efface derrière la narration, mais ma voix et mon rythme vont vraiment s’adapter aux musiciens, suivre leur intensité, leurs intentions. Je n’ai pas cette pression d’avoir un personnage, je suis complètement au service de Khoa. S’il veut que je le fasse la tête en bas… je le ferai avec plaisir ! C’est un vrai plaisir d’acteur d’offrir sa voix et son corps à un artiste qu’on aime, de lui permettre de réaliser sa vision. »

Aucun des musiciens n’a assisté aux répétitions de Macha Limonchik et de Khoa Lê, ce qui permet à chaque artiste de laisser libre cours à ses instincts et d’offrir une place à l’improvisation. Au-delà de la liberté de création, le metteur en scène ne souhaitait aucune hiérarchie entre le texte, l’image et le son ; n’importe lequel peut donc l’emporter sur les autres à tout moment.

« Les artistes s’adaptent à chacun des lieux ; parfois, c’est projeté sur cinq écrans, parfois, sur une télévision. Par exemple, quand on est dans l’appartement, on ne peut pas y faire un spectacle multimédia comme à la SAT. On joue donc avec la nature et la spécificité des lieux. Je ne veux pas que ce soit sept fois la même chose, je veux que les imperfections et les erreurs fassent partie du show », dévoile Khoa Lê.

« On place des choses, mais c’est sûr que, chaque soir, il y aura plein d’accidents que je ne veux pas appeler des erreurs. C’est un déséquilibre chaque fois. Khoa pourrait dire que tel élément marchait sur telle image tel soir, mais comme on sera dans un autre lieu avec d’autres musiciens le soir suivant, on ne peut rien bâtir. Tout se construit live. Et aussitôt que c’est fini, ça ne se fera plus », conclut Macha Limonchik.

Sept happenings, sept lieux

  • Restaurant Mon Nan (déjà présenté)
  • Centre Clark (5455, avenue de Gaspé), 23 juin, 19 h, avec Ouri
  • Un appartement sur Saint-Denis (6836, rue Saint-Denis), 24 juin, 19 h, avec Gabriel Dharmoo
  • Parc Molson (rue Beaubien Est/avenue Louis-Hébert), 25 juin, 20 h 30 avec Foxtrott
  • Pagode Quan-Am (3781, avenue de Courtrai), 26 juin, 19 h, avec Simon Gervais
  • MAI (3680, rue Jeanne-Mance), 27 juin, 19 h, avec Dear Criminals
  • SAT (1201, boulevard Saint-Laurent), 28 juin, 19 h, avec Ben Shemie

Dans nos villes

Mise en scène de Khoa Lê. Texte de Jonathan Bernier. Images de Félix-Antoine Boutin, Julie Favreau, Scorpion Dagger, Khoa Lê, Jean-François Lesage, Diane Obomsawin et Julie Tremble. Avec Macha Limonchik.