«Les choristes»: coeur d’enfants

Les écoliers sont incarnés en alternance par deux distributions issues des Petits Chanteurs du Mont-Royal et des Petits Chanteurs de Laval.
Photo: Ève Line Lamontagne Les écoliers sont incarnés en alternance par deux distributions issues des Petits Chanteurs du Mont-Royal et des Petits Chanteurs de Laval.

En 2004, à partir de La cage aux rossignols, un film de Jean Dréville datant de 1945, Christophe Barratier a donné Les choristes, l’un des plus gros succès de l’histoire du cinéma français : 9 millions d’entrées, deux César et deux nominations aux Oscar. En 2017, pour enchanter une nouvelle génération, mais peut-être aussi afin de raviver et d’étendre la marque, le réalisateur a imaginé un spectacle musical inspiré de son long métrage, une formule qui a été célébrée à Paris et en province jusqu’en février dernier.

Mise en scène par Serge Denoncourt, la production de Juste pour rire a des proportions plus modestes, mais elle s’appuie en bonne partie, à tout le moins d’un point de vue scénographique, sur celle qui a été présentée en France. Du portail d’entrée à la salle de classe, les tableaux sont généralement jolis, surtout ceux qui se déroulent à l’extérieur, d’abord dans la cour arrière où sont suspendus les draps, puis au bord de l’eau, où les enfants s’amusent en toute insouciance. Cela dit, les nombreux changements de décor, la continuelle reconfiguration de panneaux coulissants finissent par lasser.

Pétri de bons sentiments, empreint de nostalgie, le spectacle n’en est pas moins charmant. À vrai dire, il faudrait avoir un coeur de pierre pour ne pas se laisser attendrir par les 15 écoliers incarnés en alternance par deux distributions issues des Petits Chanteurs du Mont-Royal et des Petits Chanteurs de Laval. L’internat de rééducation réservé aux garçons en difficulté, Fond de l’étang, a été pour l’occasion transposé « quelque part en Beauce » en 1949. De la langue jusqu’aux références, l’adaptation « duplessiste » réalisée en collaboration avec Maryse Warda est impeccable. Ce qui étonne, cependant, c’est le peu d’ampleur du récit et la minceur de certains protagonistes.

Chansons retranchées

Il faut dire que pour faire tenir l’action en 90 minutes sans entracte, on a attribué aux enfants un minimum de répliques et carrément retranché les chansons qui étaient interprétées par les adultes dans la production française. Les personnages de Renaud Paradis (le désopilant professeur Langlois), Charles-Alexandre Dubé (l’acrimonieux Mongeau) et Lynda Johnson (la courageuse Violette Morhange) auraient franchement mérité qu’on leur accorde plus de place. On déplore aussi le peu de complicité — pourtant essentielle — entre François L’Écuyer, au demeurant impeccable dans le rôle principal, et Clément Henry De Villeneuve, le jeune homme qui incarnait Pierre Morhange le soir de la première.

Heureusement, il y a la musique, véritable raison d’être du spectacle. Vois sur ton chemin, Caresse sur l’océan, Cerf-volant : sur les mélodies poignantes de Bruno Coulais, les voix des garçons se posent de manière tout simplement angélique. Si bien qu’on en aurait pris plus, beaucoup plus, et davantage de solos. Pas surprenant que, le soir de la première, toutes les pièces musicales, jusqu’au rappel, aient été chaudement applaudies par la foule.

Les choristes

Livret : Christophe Barratier et Philippe Lopez Curval. Musique : Bruno Coulais et Christophe Barratier. Adaptation : Maryse Warda et Serge Denoncourt. Mise en scène : Serge Denoncourt. Une production de Juste pour rire Spectacles. À la salle Ludger-Duvernay du Monument-National jusqu’au 23 juin.