«Pourama pourama», les hommes qui passent

La pièce est faite d’une suite de trois solos autobiographiques totalisant 4 h 30.
Photo: Anne-Sophie Popon La pièce est faite d’une suite de trois solos autobiographiques totalisant 4 h 30.

Né en Iran, habitant en France depuis l’âge de 12 ans, Gurshad Shaheman adopte le témoignage sans ambages. Avec Pourama pourama, un programme de 4 h 30 réunissant trois solos, une somme franchement autobiographique, mais jamais narcissique, l’auteur, metteur en scène et comédien ose exposer son réel, épouser l’intime jusqu’à l’extimité, exprimer haut et fort un besoin de consolation qui semble, comme l’écrit le Suédois Stig Dagerman, impossible à rassasier.

Du père impérieux aux amants plus ou moins tarifés, sans oublier l’homme aux gestes irréparables, celui qui apparaît dans des scènes déterminantes où s’entrelacent l’émerveillement et les sévices, le ravissement et la trahison, Gurshad Shaheman fait le récit poignant de son éveil à la sensualité, un chemin parsemé d’embûches où, bien souvent, le désir soumet, la sexualité déçoit et l’amour blesse. Alors que les hommes passent, notre héros avoue qu’il aurait bien aimé, comme Patricia Kaas, en voler un « pour un mois, pour un an ». En marge de ce défilé masculin, on trouve la mère, celle de tous les courages, à commencer par celui de l’exil, et toujours cette passion salvatrice pour la culture, qu’elle soit populaire ou classique, d’Iran ou de France, théâtrale, musicale, littéraire, cinématographique ou télévisuelle.

Pendant le premier volet du triptyque, Touch Me, celui de l’enfance presque candide, album de souvenirs et de photos consacré au père, le public est prié de s’asseoir au sol pour mieux écouter la voix de l’acteur, préenregistrée. Pour que le récit continue de se faire entendre, il faut qu’une série de spectateurs consentent à toucher l’interprète, immobile et muet. Dans la deuxième partie, Taste Me, celle de l’adolescence tumultueuse, un souper traditionnel en hommage à la mère, le spectateur est une fois de plus invité à écouter la voix du narrateur, mais cette fois en dégustant un repas des plus réconfortants. Bien que Gurshad Shaheman soit un comédien fort charismatique et que ses chroniques soient admirablement tournées, il faut reconnaître qu’il est décevant, et parfois longuet, d’avoir à se contenter d’un enregistrement.

Heureusement, le troisième volet de la soirée, Trade Me, celui des désillusions de l’âge adulte, donne à entendre, en direct, la voix de l’acteur. Dans le boudoir rose et étincelant qui se trouve au centre du plateau, théâtre des 1001 ébats du héros devenu prostitué, des spectateurs sont tour à tour, par tirage, invités à s’immiscer. Descente aux enfers, suivie d’une remontée vers la lumière au son de l’instrument sublime de la Callas, cette dernière partie, truffée de références aux précédentes, scelle notre complicité avec le créateur, confirme notre communion avec son histoire.

Pourama pourama

Texte, mise en scène et interprétation : Gurshad Shaheman. Une production des Bancs publics (Marseille). Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, à l’occasion du Festival TransAmériques, jusqu’au 31 mai.