«Il faudra bien qu’un jour»: petit plat réconfortant

Dans la pièce, Danielle Proulx et Stéphanie Labbé jouent respectivement une mère, citadine montréalaise exubérante, et sa fille, une banlieusarde à la vie rangée.
Photo: Yves Renaud Dans la pièce, Danielle Proulx et Stéphanie Labbé jouent respectivement une mère, citadine montréalaise exubérante, et sa fille, une banlieusarde à la vie rangée.

 

Pour la troisième production de La Licorne, ses 5 à 7 accueillent une création de la comédienne Stéphanie Labbé. Rappelons que ces charmants apéros théâtraux instaurés par la compagnie LAB87 combinent, dans une ambiance décontractée, une pièce de moins d’une heure, une bière et un en-cas (ici une pointe de pizza). Il faudra bien qu’un jour tourne d’ailleurs beaucoup autour de la nourriture, point de discorde, puis occasion de partage entre les personnages, un classique duo mère-fille.

La Montréalaise Luce (la très chaleureuse Danielle Proulx) débarque sans prévenir chez sa fille de 30 ans, à Laval. Une visite impromptue que Marie (l’auteure elle-même) reçoit d’assez mauvaise grâce. Les deux femmes, très différentes, peinent à écouter l’autre. Marie a abandonné ses aspirations d’écrivaine pour gagner sa vie en fabricant des confitures, un renoncement à ses rêves, selon sa mère. Lorsque cette dernière entreprend un grand nettoyage du frigo (représenté joliment par une étagère garnie de pots Mason colorés), l’opération devient aussi une occasion de faire le ménage dans leur relation.

La comédie dramatique joue d’abord sur des oppositions assez convenues, entre la banlieusarde à la vie rangée et la citadine exubérante. Puis les monologues parallèles font place à une réelle conversation, où les découvertes, tristes ou joyeuses, ne manqueront pas. La vie, la mort, les relations familiales et amoureuses : le texte effleure un vaste terrain en une heure. Beaucoup de grandes révélations pour une seule rencontre, mais les dialogues s’enchaînent bien et sonnent généralement vrais. Stéphanie Labbé, qui avait déjà signé une première pièce (Super Poulet, en 2010), y injecte de l’humour et de l’émotion. Bref, la recette de cette petite collation théâtrale est simple et conventionnelle, mais efficace.

Organisé en bi-frontal autour d’un espace de jeu central, le spectacle mis en scène par Édith Patenaude est agréablement ponctué par des chansons de Beau Dommage. Au début et à la fin, la diffusion, assez amusante, de messages sur répondeur permet de mesurer l’évolution dans le lien mère-fille, tout en encadrant formellement la représentation.

Mais Il faudra bien qu’un jour est avant tout une pièce axée sur les personnages, et un véhicule pour ses interprètes. Et c’est pour elles, pour la complicité naturelle qui s’est nouée entre Stéphanie Labbé et Danielle Proulx, qu’on savoure ce face à face très rapproché.

Il faudra bien qu’un jour

Texte de Stéphanie Labbé. Mise en scène d’Édith Patenaude. Conseiller dramaturgique : Guillaume Corbeil. Dans la salle de répétition de La Licorne, jusqu’au 18 mai. En supplémentaires les 22, 24 et 25 mai.