Quand le festival Petits bonheurs investit la beauté du monde

Dans la pièce «Récit d’une chaussure», les comédiennes Sara Marchand et Marie-Ève Lefebvre dévoilent le passé de certaines personnes à travers leurs chaussures.
Photo: Jessy Lewandowski Dans la pièce «Récit d’une chaussure», les comédiennes Sara Marchand et Marie-Ève Lefebvre dévoilent le passé de certaines personnes à travers leurs chaussures.

D’une histoire d’amour brodée des mille et une couleurs de bord de mer à d’envoûtants chants abénakis en passant par les états d’un renard qui voulait retrouver sa vraie nature, le festival Petits bonheurs a permis aux enfants de vivre des expériences théâtrales singulières.

« Il est où, Le grand méchant renard ? » a demandé un petit à sa mère en arrivant à la bibliothèque Langelier, où était présentée cette pièce de la compagnie Jeux de Vilains. Le garçon n’a pas tardé à le voir arriver, mais il lui est vite apparu que le goupil était tout sauf grand et méchant. Timide, il se cachait derrière la comédienne, Cécile Hurbault, complice de la marionnette.

Tirée de la bande dessinée du même nom, la pièce reproduit avec finesse l’humour de Benjamin Renner. Le renard aimerait faire peur et manger des poules, mais sa candeur et sa bonté l’en empêchent. Sous les encouragements du loup, il parvient tout de même à voler trois oeufs de poule dans l’espoir de les manger. Mais comment faire lorsque les poussins attachants l’appellent maman ?

Dans un décor minimaliste, une table sur laquelle reposent des cartons et quelques lampes que la comédienne déplace pour varier les atmosphères, défilent différents personnages, tous plus grands et plus gros que le renard. Une fable animalière qui remet à l’honneur ce duo de canidés et où la quête d’identité est au coeur du propos.

Faire marcher les mots

Dans un tout autre esprit, mais creusant la même quête de sens, Récit d’une chaussure plonge les enfants dans un univers métaphorique. Quelques boîtes empilées servent de décor dans lequel les comédiennes Sara Marchand et Marie-Ève Lefebvre dévoilent le passé de certaines personnes à travers leurs chaussures. Vient une paire toute neuve qui ne semble pas avoir servi. Ce sont ceux de la poétesse Anne-Marie Alonzo qui, à la suite d’un accident de voiture, devra continuer sa route sur un fauteuil roulant. L’écriture lui permettra de voyager à nouveau très loin.

Quelques extraits de poèmes convoquant la marche et l’immobilité seront lus et offerts aux enfants dans une mise en scène évocatrice. Les comédiennes feront littéralement marcher les bandes de papier sur lesquelles se trouvent les mots d’Alonzo. Magnifique moment.

L’appel de la mer et de la nature

Bien calés sur des peaux d’ours dans une tente où ça sent bon le sapin, les petits étaient totalement sous le charme de Dave Jenniss et d’Élise Boucher-DeGonzague qui les ont initiés à la langue malécite et abénakis avec Mokatek et l’étoile disparue. Faisant corps avec les différentes marionnettes — toutes fabriquées en écorce de bouleau —, Jenniss était à la fois ours, orignal, corbeau, poisson dans une ronde intime, en pleine communion avec la nature et les éléments. Un spectacle offrant une bulle intemporelle à l’abri du monde, là où tout devient possible.

Puis, la mer s’est laissé apprivoiser, entendre et sentir dans deux spectacles singuliers. D’abord, chez Ulysse et Pénélope, une pièce tirée de l’album du même nom écrit par Louise Portal et illustré par Philippe Béha. La douceur du texte de Portal sur l’univers d’un petit garçon rêveur et rempli d’espérance est reproduite avec sincérité sur scène.

Le décor de bord de mer, les mouettes qui volent ici et là, les sirènes de bateau, tout contribue à nous propulser dans la vie de ce petit et de sa maman Méduse. Les marionnettes à la physionomie particulière sont d’ailleurs créées à l’image des dessins de Béha. Une belle initiation à la légende d’Ulysse et Pénélope.

Enfin, avec La courte-forme de “L’Écho de l’écume”, les tout-petits ont assisté et participé à une création théâtrale. Vêtus d’un tablier azur, ils se sont installés sur des tapis bleus devant un décor étonnant : une toile blanche et un amoncellement de papier de soie rappelant la mer. S’est alors amorcé le processus créatif lorsque Karine Gaulin, accompagnée du chant d’Édith Beauséjour, s’est mise à danser avec la soie, se bercer avec les flots. Une prestation sans narration où tout se joue sur le plan visuel et auditif.

Les deux comédiennes chantent, dansent tout en créant une peinture, un décor qui représente l’océan. Les tout-petits semblaient obnubilés, happés par le chant des artistes, par le réel plaisir qu’elles ont pris à jouer avec les éléments du décor. Pinceaux en main, ils ont, à leur tour, déployé toute leur imagination en créant une fresque commune, un immense tableau bleu de mer sur lequel ils se fondaient comme autant de petites gouttes d’eau.

Festival Petits bonheurs

Jusqu’au 31 mai, partout au Québec