«Mokatek et l’étoile disparue»: retour aux sources pour Dave Jenniss

«Mokatek» est le premier projet jeunesse pour la compagnie Ondinnok et pour Dave Jenniss en tant que directeur artistique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Mokatek» est le premier projet jeunesse pour la compagnie Ondinnok et pour Dave Jenniss en tant que directeur artistique.

Porté par le désir de partager ses racines autochtones avec les enfants, l’auteur, comédien et directeur artistique du Théâtre Ondinnok, Dave Jenniss, participe au festival des Petits bonheurs avec Mokatek et l’étoile disparue, une pièce qui nous plonge dans la culture malécite.

Mokatek, c’est d’abord l’histoire d’un petit garçon qui a perdu sa maman. Dans une quête empreinte de poésie, il fera communion avec la nature afin de retrouver sa mère parmi les éléments de son environnement. « Sa mère, c’est l’étoile qui n’est jamais disparue, qui a toujours été là pour lui », raconte Dave Jenniss dans une entrevue accordée au Devoir.

Pour l’auteur, ce titre, et plus particulièrement le nom du personnage, représentait exactement l’univers vers lequel il voulait aller. « Souvent dans notre culture, les rêves sont importants. On les écoute, on est guidés par eux. Et moi, je l’ai rêvé ce nom. » Ce rêve lui est venu lors d’une activité singulière vécue avec des amis de la compagnie Ondinnok dans une tente de sudation au Lac-Saint-Jean.

« La tente peut représenter le ventre de notre mère. Il fait noir, il fait chaud. Le guide spirituel nous a dit : “Imaginez maintenant toute la douleur qu’a eue votre mère en vous mettant au monde. Vous allez la respecter. Plus que jamais.” Et je peux dire que c’était très chaud, extrêmement chaud. Tu sors de là transformé, purifié. C’est à ce moment qu’est née l’histoire de Mokatek et aussi des rêves que j’ai faits après. Quand tu passes 3-4 heures dans le noir, tu vois des choses. »

Voulant recréer cette expérience, ou du moins cette immersion au coeur de la culture autochtone, Jenniss et le metteur en scène Pier Rodier, de Vox Théâtre, invitent les enfants à vivre une situation théâtrale hors du commun. « Avec Mokatek, il y a une proximité hallucinante avec eux. L’action se passe sous une tente qui rappelle la maison longue. Il y a 80 spectateurs dispersés aux quatre coins de la tente, évoquant ici les points cardinaux. C’est aussi une histoire qui rallie beaucoup de choses. Il n’y a pas seulement la manipulation de la marionnette, mais il y a de la danse, du mouvement. On est enveloppés par l’histoire et on en ressort transformés. »

Faire connaître l’univers autochtone

L’écriture de Mokatek a d’ailleurs permis à Dave Jenniss de plonger au coeur de ses racines en investissant la langue wolastoq, qu’il apprend à connaître tranquillement. « J’ai un professeur qui habite à Tobique, au Nouveau-Brunswick. Je suis allé passer un moment avec lui. J’avais besoin de ça pour comprendre un peu qui j’étais. Puis, quand Mokatek est arrivé, je me suis dit que je n’avais pas le choix d’aller puiser dans cette langue. Parce que l’enfant apprend par les mots, les sons, le visuel. Tous ces éléments sont liés dans le spectacle. Je dis des mots en wolastoq sans les répéter en français. Les enfants comprennent parce qu’ils sont tous associés à un objet. »

Et s’il joue pour différents théâtres qui ne sont pas toujours autochtones, Jenniss consacre son écriture à cet univers ancestral. « C’est là. En moi. J’ai des choses à dire et ça me fait du bien. N’ayant jamais vécu dans une communauté, mais ayant des amis qui l’ont fait, j’ai beaucoup encore à apprendre. Parallèlement à cela, j’investis mes rêves, mes expériences personnelles. Les histoires que j’écris sont souvent très proches de moi, de ce que je suis. » D’ailleurs, il avoue que le petit Mokatek, c’est un peu lui. « Ce petit bonhomme rêveur qui est ébloui par tout, une étoile, un feu d’artifice, un arc-en-ciel. C’est tout ça », dit-il.

Premier projet jeunesse pour la compagnie Ondinnok et pour Dave Jenniss en tant que directeur artistique, Mokatek est une pièce qu’il souhaite avant tout faire connaître aux petits — et aux grands qui les accompagnent — afin qu’ils sachent que ce monde-là existe. « Je veux qu’ils apprennent les mots de cette langue. Que ça évoque quelque chose. Je veux qu’ils repartent chez eux et qu’ils fassent des maisons avec des couvertures comme je le fais. Qu’ils essaient de dire les mots à la maison, qu’ils fassent la danse du caribou. »

Sa pièce, il souhaite aussi la présenter dans les communautés autochtones, en adaptant chaque fois la langue à la nation visitée. « Ça serait une forme de respect. Si je vais jouer chez les Innus, je traduirai tous les mots que j’utilise en wolastok en innu. Même chose chez les Attikameks. » Parce que la langue, dira le créateur, c’est aussi et surtout une magnifique et véritable approche de réconciliation entre les gens.

À voir aussi

Parmi les offres en vitrine durant ces dix jours du festival, plusieurs pièces pleines de promesses s’imposent. En voici quatre à ne pas manquer. Ulysse et Pénélope, une histoire d’amour écrite par Louise Portal, d’abord parue sous forme d’album. Avec Le grand méchant renard, la compagnie Jeux de Vilains offre une fable animalière dans laquelle le renard tente de retrouver sa vraie nature. Pour sa part, Sylvie Gosselin initie les petits à l’imaginaire à partir des peintures de Paul Klee dans Histoires d’ailes et d’échelles. La courte forme de L’écho de l’écume convie les tout-petits à venir entendre la mer, dans un spectacle qui allie peinture, chants marins, berceuses et poésie.

Mokatek et l’étoile disparue

Texte et interprétation : Dave Jenniss. Mise en scène : Pier Rodier. Scénographie : Julie-Christina Picher. Chant et musique : Élise Boucher-De Gonzague. Une coproduction du Théâtre Ondinnok et de Vox Théâtre, Public cible : 2-6 ans. Présenté en première montréalaise le samedi 5 mai.