«Le scriptarium»: quand la génération Z libère sa parole

Soutenu par la musique de Nicolas Letarte-Bersianik, présent sur scène, le texte se scande, se chante, se narre, se danse.
Photo: Jean-Charles Labarre Soutenu par la musique de Nicolas Letarte-Bersianik, présent sur scène, le texte se scande, se chante, se narre, se danse.

« J’aimerais vous entendre, mais j’ai des doutes, des préjugés… J’ai peur que vous soyez stupides alors que vous êtes géants. Montrez-moi ce que signifie pour vous être vivant. » C’est sur ce ton empreint de méfiance et de doutes envers la génération Z que Stéphane Crête, en voix hors champ, amorce Le scriptarium, la toute nouvelle création du Théâtre Le Clou qui a été présentée en première jeudi après-midi devant une salle d’adolescents très réceptifs.

Sur scène, Sarah Cloutier-Labbé, Sarah Leblanc-Gosselin et Philippe Boutin répondent à l’auteur dans un enchaînement de scènes rythmées et énergiques. Jouant tour à tour différents rôles, allant notamment d’un youtubeur très « frenchy » aux parents trop intenses — qui célèbrent dans un délire le plus total l’arrivée des règles de leur petite fille devenue femme —, en passant par une fée excentrique qui provoque la réflexion, sans oublier différents types d’adolescents, les comédiens expriment avec intensité la vision du monde et les appréhensions des jeunes.

La beauté, la sexualité, la vérité, les préjugés, l’amour, la peur : plusieurs sujets défilent dans cette suite ininterrompue de tableaux qui donnent la parole aux adolescents. Et ils en ont beaucoup à dire. « Laissez-moi être avant de devenir » ; « Chu tannée que vous me disiez quoi faire, quoi dire, quoi penser… J’aimerais ça que vous me disiez “on est fiers de toi” ou “c’est quoi la musique que t’écoutes ?” » ; « La vérité c’est que je me sens seul. Être sur mon cell, c’est éviter d’être seul avec ma tête » ; « Nous ne sommes pas extrémistes, nous ne sommes pas radicaux, mais en avance sur notre temps ».

Soutenu par la musique de Nicolas Letarte-Bersianik, qui est présent sur scène — devenant un personnage à part entière de cette composition hétéroclite —, le texte se scande, se chante, se narre, se danse, laissant ainsi émaner toute la créativité qui bouillonne chez les jeunes et ne demande qu’à exploser.

Ados de tout temps

La mise en scène, signée Monique Gosselin, met en lumière ce débordement de vie, d’énergie, de folie qui habite les jeunes. Une ambiance très festive est rendue grâce à un décor débordant d’accessoires et de jeux de lumière qui ajoutent à la narration. Élément particulier et riche du spectacle : la présence de plusieurs chaussures, dispersées ici et là sur la scène, et regroupées à la toute fin alors que les comédiens scandent un manifeste intitulé « Nous ». Par ailleurs, dans cette cacophonie visuelle et auditive, les personnages invitent les spectateurs à participer, investissent la salle, faisant un avec cette génération.

À l’instar des Zurbains qui ont permis pendant vingt ans aux adolescents de participer à l’écriture de pièces de théâtre, Le scriptarium poursuit cette mission en révélant leurs idées, en livrant leur parole. Mais les jeunes d’aujourd’hui sont-ils si différents des jeunesses précédentes ? Sont-ils plus ouverts, plus créatifs, plus excentriques ? Chaque génération a tendance à blâmer la précédente, à rejeter l’autorité pour devenir, être quelqu’un. Voir le monde sous un nouvel oeil. Rien de bien nouveau donc dans le discours offert par ces jeunes qui sont entiers, brillants, révoltés, amoureux, déçus, pleins d’espoir, mais le spectacle permet à tout le moins de les entendre et de palper leur vivacité.

Le Scriptarium

Texte : Stéphane Crête et 24 auteurs. Mise en scène : Monique Gosselin. Interprètes : Sarah Cloutier-Labbé, Sarah Leblanc-Gosselin, Philippe Boutin. Une production du Théâtre Le Clou en collaboration avec le Théâtre Denise-Pelletier et le Théâtre jeunesse Les Gros Becs. Jusqu’au 10 mai à la salle Fred-Barry et les 10 et 11 mai aux Gros Becs. Public cible : 13 ans et plus.