«Le bizarre incident du chien pendant la nuit»: toute la vérité

Christopher Boone est un personnage doté d’une logique aussi implacable que sa curiosité est grande.
Photo: Caroline Laberge Christopher Boone est un personnage doté d’une logique aussi implacable que sa curiosité est grande.

Communiquer l’enfance dans toute sa richesse, voilà bien un art dans lequel Hugo Bélanger est passé maître. Que le metteur en scène nous entraîne chez Alice, Münchausen ou Peter Pan, qu’il organise une rencontre avec Harold et Maude ou Hansel et Gretel, c’est toujours le même désir de traduire la force vive de la jeunesse qui s’exprime, le même hommage rendu au pouvoir inouï de l’imagination. À cette noble règle, son plus récent spectacle ne fait pas exception.

On aurait pu prédire qu’Hugo Bélanger allait un jour ou l’autre monter Le bizarre incident du chien pendant la nuit. C’est que la pièce de Simon Stephens, créée à Londres en 2012, reprise à Broadway en 2014, inspirée du roman à succès de l’écrivain britannique Mark Haddon paru en 2003, a tout ce qu’il faut pour stimuler le metteur en scène. Tout d’abord, un jeune héros possédant un regard absolument unique sur le monde. Garçon de 15 ans vivant avec un trouble du spectre de l’autisme, Christopher Boone, un personnage que Sébastien René défend de manière bouleversante, avec toutes les nuances qui s’imposent, est doté d’une logique aussi implacable que sa curiosité est grande.

L’autre aspect ayant nécessairement stimulé Bélanger, amateur de théâtralité exacerbée, c’est la mise en abyme sur laquelle s’appuie la pièce. Quand Wellington, la chienne de Mme Shears, est retrouvée morte, transpercée par une fourche de jardin, Christopher se lance dans une enquête digne de Sherlock Holmes, une aventure qu’il prendra la peine de mettre en récit, c’est-à-dire en mots, mais aussi, grâce à la magie du théâtre, en images.

Ainsi, la grande force du spectacle est de donner à voir, à ressentir et à comprendre les êtres et les événements, les faits et les gestes, du point de vue unique du héros. La scène devient alors une incarnation de ce qui se brasse dans la tête de Christopher, offrant à la fois au public un accès privilégié à l’enfance, mais aussi à une représentation émouvante et, il faut le dire, captivante de ce que pourrait bien être la perception d’un jeune autiste. S’il évoque fortement celui de la production signée Marianne Elliott à Londres et à New York, en plus modeste, le dispositif scénographique imaginé ici, avec ses structures coulissantes et ses vastes projections, n’en est pas moins enchanteur.

Dans sa quête de vérité à propos de la mort de Wellington, mais surtout de la relation entre son père et sa mère (Normand D’Amour et Catherine Proulx-Lemay, traduisant tous les deux de manière poignante le défi d’être parent d’un enfant pas comme les autres), le charismatique jeune homme croise une foule de personnages, ce qui permet à Bélanger de démontrer une fois de plus son don pour la choralité. Dans cet ensemble, il faut souligner l’interprétation sensible de Catherine Dajczman dans le rôle de Siobhan, la professeure bienveillante, empathique qui, adoptant subtilement la posture de la narratrice, assure l’adhésion du public.

Le bizarre incident du chien pendant la nuit

Texte : Simon Stephens, d’après le roman de Mark Haddon. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Hugo Bélanger. Au théâtre Jean-Duceppe jusqu’au 19 mai.