«Les secrets de la vérité»: faux et usage de faux

Adeptes des théories du complot, colonisateur de Mars et figures spirituelles se croisent dans cette nouvelle incarnation du Québec du futur.
Photo: Josée Lecompte Adeptes des théories du complot, colonisateur de Mars et figures spirituelles se croisent dans cette nouvelle incarnation du Québec du futur.

On dirait bien que le Théâtre du Futur n’en finira jamais de prévoir l’avenir du Québec. En effet, après Clotaire Rapaille l’opéra rock, L’assassinat du président, Épopée nord et La vague parfaite, la compagnie réunissant Guillaume Tremblay, Olivier Morin et le multi-instrumentiste Navet Confit, joyeuse confrérie maintenant en résidence aux Écuries, poursuit sa vaste entreprise d’anticipation avec Les secrets de la vérité, une aventure à la fois biblique et martienne pour le moins rocambolesque.

Tout commence quand Cindyne Bournival (Milène Leclerc, désopilante du début à la fin) reçoit la visite nocturne et un brin inopportune de Jésus (François Ruel-Côté). Le rêve éveillé, dont la bande-son n’est autre que Sadeness, immense succès du groupe allemand Enigma, prend bien vite, vous vous en doutez, une tournure érotique. Au réveil, la jeune femme, bien entendu, est enceinte… d’au moins trois bébés. Rapidement, pour le meilleur et pour le pire, le destin de Cindyne sera relié à celui d’Elon Musk (Guillaume Tremblay), p.-d.g. de SpaceX, grand prêtre des technologies du futur engagé dans la colonisation de la planète Mars, et à celui de son assistant, le « chorégraphe de projets » Jessy Boulianne (Olivier Morin).

Pour rôder constamment autour d’eux, on peut compter sur Blazer Mauve (Francis-William Rhéaume), un conspirationniste de haut vol qui est peut-être le seul à voir clair dans le jeu des multinationales, des prophètes, des gouvernements, des journalistes et des extraterrestres. Des géants disparus (dont les archéologues détruisent les ossements au fur et à mesure qu’ils les trouvent) à la trentaine de vaisseaux spatiaux (dont la Sûreté du Québec est propriétaire), rien ne lui échappe : « Les traces d’avion dans le ciel, c’est des produits chimiques. Ils appellent ça des chemtrails. Avec ça, ils sont capables de réguler la température, l’Internet, les abeilles. »

Quand il s’agit d’absorber notre époque — de l’intime au politique et de la culture populaire à la haute technologie —, puis de la digérer et de la restituer dans un feu roulant d’absurdités hilarantes et néanmoins critiques, le Théâtre du Futur est sans égal.

L’aventure a beau être sans queue ni tête, souvent potache, comment y résister alors qu’elle est menée tambour battant, dans une totale liberté formelle et idéologique, par des comédiens et un musicien bourrés de talent ? Pas de doute, ces créateurs effrontés sont des bouffons indispensables à la société, des fous essentiels au royaume.

Les secrets de la vérité

Texte : Olivier Morin et Guillaume Tremblay. Mise en scène : Olivier Morin. Une production du Théâtre du Futur. Aux Écuries jusqu’au 28 avril.