Sur le chemin de la compassion au festival Rencontre Théâtre Ados

La 22e édition du festival Rencontre Théâtre Ados présente dix créations, dont «Ceci n’est pas une lettre d’adieu...».
Photo: Sylvain Sabatie La 22e édition du festival Rencontre Théâtre Ados présente dix créations, dont «Ceci n’est pas une lettre d’adieu...».

Alors qu’une nouvelle vague dénonçant l’intimidation déferlait récemment sur nos écoles, Jean Stéphane Roy a eu envie d’ajouter sa voix à cette belle tempête. Nourrie d’une longue réflexion menée en profondeur, Ceci n’est pas une lettre d’adieu… forme l’une des pièces de résistance du festival Rencontre Théâtre Ados qui s’ouvre ce lundi à la Maison des arts de Laval.

Cette 22e édition présente dix créations qui, comme le précise Sylvie Lessard, cofondatrice et directrice générale et artistique du festival, « mettent en lumière notre rapport à l’autre et une volonté de faire tomber les appréhensions [que nous avons à aller vers lui] ». Ceci n’est pas une lettre d’adieu… du théâtre ontarien La Catapulte, tombe pile-poil dans cette mission.

Sa création a poussé Jean Stéphane Roy, qui en est le coauteur et le metteur en scène, à puiser dans sa propre histoire. « Quand j’étais jeune, j’ai été victime d’intimidation à l’école secondaire. Je réfléchissais au sujet et quelque chose me retenait, mais sans savoir quoi. J’avais peur de produire quelque chose qui soit trop moralisateur », raconte-t-il dans une entrevue accordée au Devoir.

C’est en écoutant un épisode de l’émission Second Regard que la lumière s’est faite. Jean Stéphane Roy découvre alors Karen Amstrong, une ancienne religieuse britannique qui, troublée par le manque d’amour dans le monde, trouve un point commun aux grandes religions, la compassion, dont elle se sertpour tisser des liens entre les gens. Il avait trouvé son angle : « C’est de ça que je devais parler. Pas d’intimidation. Il fallait que je parle de l’envers de la médaille. Je trouvais ça plus lumineux. »

Puisant dans ce thème englobant, incluant l’amour de soi, des autres, mais aussi l’empathie, l’auteur de Ceci n’est pas une lettre d’adieu… met en scène trois personnages qui se rencontrent dans un champ de maïs au milieu de nulle part et qui vont en quelque sorte, en se confessant, apprendre à s’aimer et à aimer les autres. « Ça a l’air quétaine de même, mais le spectacle ne l’est pas », dit Roy en riant.

« Vous savez, on monte toujours des spectacles dans lesquels on dénonce ce qui va mal et je me suis dit : pourquoi on ne ferait pas le contraire ? Ce n’est tellement pas à la mode de parler d’amour au sens large du thème, mais je me suis dit : si je me trompe, je me tromperai. Si je suis quétaine, je serai quétaine, mais au moins j’aurai essayé. »

Parlez-moi d’amour

Sa démarche étant avant tout réflexive, Jean Stéphane Roy se défend bien de faire du théâtre qui donne des réponses. « Moi, je ne suis pas un journaliste. Si j’ose dénoncer une situation, c’est parce que je suis capable en tant qu’artiste d’avoir une réflexion qui apporte une solution, mais si je n’ai pas de solution, ça ne me donne rien de parler du problème. Je suis donc toujours attiré par des projets qui ont cette notion d’espoir, qui ouvre à l’autre. C’est peut-être parce que j’ai grandi dans les années 1970 où l’on parlait toujours d’amour et d’eau fraîche. Inconsciemment, j’ai peut-être cette nostalgie-là. »

Réfléchir à la compassion, voilà d’abord ce qui sous-tend la démarche du metteur en scène. « Avant de monter le spectacle, j’ai testé la question auprès des jeunes. On voulait savoir si le thème résonnait en eux. On leur a montré des vidéos de bons sentiments, de bonnes actions. Et loin d’être rébarbatifs, ils répondaient au contraire qu’ils voulaient en entendre parler ; qu’ils étaient justement tannés que la police vienne leur parler d’intimidation, de haine, aux trois mois. Il y avait un besoin chez eux de se faire parler d’amour, de l’autre. »

Dans une société où « il ne semble pas y avoir d’avenir, dans un pays en faillite, un monde où la richesse appartient à 1 % de la population », résume Jean Stéphane Roy, parler d’espoir et d’amour à ces adolescents de 15 ans devient essentiel. Encore plus quand il les entend lui raconter que leur téléphone est devenu une armure contre les autres : « Dans la rue, ils vont jusqu’à faire semblant de parler au téléphone pour ne pas avoir à entrer en communication avec les humains qu’ils rencontrent. Ils ont la paix. Mais en même temps, ils ne comprennent pas pourquoi ils veulent se protéger des autres. C’est vraiment ce que j’ai retenu pour le spectacle : ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu’on te fasse. C’est une règle bien simple, mais l’appliquer, c’est une concentration quotidienne. »

Trois pièces à ne pas manquer

En ouverture, le festival RTA présente le spectacle X, Y et moi ?, une production de la troupe française L’an 01 qui porte en elle la volonté de décloisonner les frontières. Dans ce qui semble à première vue une conférence sur les rapports hommes-femmes, c’est plutôt un théâtre invisible qui prend vie.

À voir aussi : Minuit, sur la mémoire culturelle, qui dresse le portrait d’une société à la dérive.

Enfin, Muliats permet la rencontre entre un jeune Innu qui a quitté sa réserve pour s’établir dans la métropole où il fait la rencontre d’un Montréalais d’origine. Le choc des cultures sera inévitable et enrichissant.

Ceci n’est pas une lettre d’adieu…

Texte, mise en scène et scénographie : Dillon Orr, Marie-Pierre Proulx et Jean Stéphane Roy. Interprétation : Jonathan Charlebois, Annie Cloutier et Anie Richer. Une production du Théâtre la Catapulte. Public cible : 14 ans et plus. Les 18, 24 et 25 avril, en matinée et en après-midi, à la Maison des arts de Laval.