«Extras et ordinaires»: en équilibre entre l’ombre et la lumière

Seul en piste, le comédien Jonathan Gagnon entame la rédaction d’une liste des raisons de vivre, à commencer par la crème glacée. 
Photo: Cath Langlois Seul en piste, le comédien Jonathan Gagnon entame la rédaction d’une liste des raisons de vivre, à commencer par la crème glacée. 

Pièce sur le suicide et la dépression, Extras et ordinaires de l’Anglais Duncan Macmillan oscille entre le sombre et le lumineux. Son succès se mesurera à l’équilibre trouvé entre ces deux pôles.

Seul en piste, Jonathan Gagnon conduit ce solo mis en scène par Maryse Lapierre. Après une tentative de suicide de sa mère, un garçon de sept ans entame la rédaction d’une liste des raisons de vivre, à commencer par la crème glacée. Suivront les films de kung-fu, la couleur jaune, etc. En contrepoint de cette énumération joyeuse, la pièce approche la réalité plus pesante de la dépression. Ou plutôt, les conséquences de celle-ci pour son fils.

Car la mère, surtout évoquée, reste une sorte de présence allusive ; la pièce colle au point de vue de ce jeune qui entre dans la vie, la liste opérant comme un efficace outil d’intégration et d’association. C’est elle qui, traversant l’ensemble, soude la suite de moments phares qui défilent : de l’adolescent à l’universitaire, de la formation du couple à la séparation.

Jonathan Gagnon déploie suffisamment de présence pour habiter une salle intimiste à la configuration judicieuse, à l’intérieur de laquelle les appels au public sont constants. Le quatrième mur est resté dans les coulisses, la pièce bâtit ainsi un espace où la complicité opère et où l’humour passe, un espace que le comédien habite par ailleurs avec énergie.

Sur sa capacité à explorer les zones d’ombre, le projet trouvera toutefois certaines limites. Le dramaturge anglais Duncan MacMillan est un auteur passionné par les problèmes contemporains : sa pièce 2071 s’attardait à l’état de notre planète, Lungs sondait la parentalité à l’heure des catastrophes globales, révélant un désir constant de contribuer à un monde meilleur. Extras et ordinaires loge à cette enseigne.

À plusieurs moments, les éléments de la liste agiront en ce sens comme un baume. Mais surviennent aussi plusieurs moments où le spectacle effleure des réalités plus dures liées au suicide ou, de façon plus large, aux hauts et aux bas quotidiens qui, pour parfaitement banals qu’ils soient, n’en demeurent pas moins difficiles à nommer. Le texte de MacMillan le fait au passage, sans insistance et avec un certain doigté.

Ces qualités n’empêcheront pas le sentiment que la proposition est trop accrochée au théâtre d’intervention, si tangible dans cette exhortation du personnage à son auditoire : « Si vous trouvez la vie difficile, tenez bon ; il y aura des jours meilleurs. » Palpable dans l’ensemble, ce biais finit par donner la part belle à l’espoir, aux dépens de la réalité sous-jacente.

Ainsi, si le spectacle offre une agréable soirée avec de belles trouvailles et une grande convivialité, on gardera l’impression, en somme, qu’il a touché partiellement son objet.

Extras et ordinaires

Texte : Duncan Macmillan. Traduction : Joëlle Bond. Mise en scène : Maryse Lapierre. Avec Jonathan Gagnon. Une production Théâtre de passage, à Premier Acte jusqu’au 28 avril.