«La dette de Dieu»: l’hypothèque de la vie à crédit

Le spectacle de Jean-François Boisvenue comporte des éléments grinçants, tel un discours de Philippe Couillard revisité sur un solo de guitare métal…
Photo: Gopesa PAquette Le spectacle de Jean-François Boisvenue comporte des éléments grinçants, tel un discours de Philippe Couillard revisité sur un solo de guitare métal…

L’endettement est un sujet original pour un one-man-show théâtral. Mêlant personnel et collectif, anecdotes et déconstruction d’un système abstrait, l’artiste multidisciplinaire Jean-François Boisvenue a créé un « essai scénique et poétique » traitant de l’impact de mécanismes économiques qui encouragent notre mode de vie à crédit.

Inspiré par une éloquente fable de l’écrivain allemand Heinrich Heine sur la création du monde, La dette de Dieu s’ouvre par un clin d’oeil humoristique, avec l’interprète juché sur un escabeau tel l’Être suprême. Et dans les 70 minutes suivantes, Jean-François Boisvenue va en effet se multiplier à loisir, convoquant les registres les plus divers : conférence, extrait d’entrevue télévisée (intéressant commentaire, par ailleurs, de Claude Béland), chorégraphie, musique… Une occasion, écrit-il, « de faire converger mes acquis de différentes disciplines, qu’elles soient artistiques ou non ».

Indéniable charge critique

Les écarts formels paraissent abrupts et le collage un peu boiteux. Surtout, le performeur, qui transmet une matière spécialisée et tient visiblement à se faire comprendre du public, nous offre un véritable cours sur le sujet. Si bien que son solo prend une forme lourdement didactique par moments. Ce caractère professoral semble accentué, plutôt qu’adouci, par cette façon un peu forcée qu’a Jean-François Boisvenue de s’adresser familièrement à certains de ses étudiants-spectateurs (même nommément, le soir de la première), voire de tester leurs connaissances par des questions directes. Le cours d’économie 101 comprendra même la lecture d’un article de journal sur scène…

Dommage, parce que le spectacle porte une indéniable charge critique. Il comporte des éléments grinçants, tel un discours de Philippe Couillard revisité sur un solo de guitare métal… Le créateur avait auparavant disserté sur l’étude économique dont s’était servi le gouvernement libéral pour justifier ses politiques d’austérité. Une étude sur l’endettement des pays pourtant jugée « caduque » depuis. La théorie fumeuse du « ruissellement » économique, chère aux Américains républicains, inspire aussi une scène assez riche, et un monologue qui est de l’ordre de la métaphore.

Informatif, La dette de Dieu contient aussi quelques éléments formels intéressants. Notamment le travail sur le corps — conseillé par Catherine Laframboise Desjardins. Le principe de l’endettement y est représenté, très éloquemment, par une posture sur la ligne du temps, en « équilibre entre le présent et le futur ». Il y a aussi quelques beaux tableaux visuels, mais relativement peu, compte tenu du faut que Jean-François Boisvenue est aussi concepteur vidéo et scénographe.

Une finale ludique vient boucler cette oeuvre inégale. Annoncée comme le premier d’une série de trois « essais poético-politiques », cette production de La nuit/Le bruit incite, malgré les bémols, force à attendre la suite.

La dette de Dieu

Idéateur, auteur, interprète et concepteur vidéo : Jean-François Boisvenue. Une production de La nuit/Le bruit. Au théâtre La Chapelle jusqu’au 13 avril.