«Local B-1717»: enfermée vivante

La protagoniste de la pièce est une femme angoissée et anxieuse, assoiffée d’amour et de reconnaissance, en quête d’équilibre et de plénitude.
Photo: Maxime Côté La protagoniste de la pièce est une femme angoissée et anxieuse, assoiffée d’amour et de reconnaissance, en quête d’équilibre et de plénitude.

Après nous avoir entraînés dans un bar, un stationnement sous-terrain et un cinéma désaffecté, c’est tout naturellement que Geneviève L. Blais, à la tête du Théâtre à corps perdu depuis 2003, nous donne ces jours-ci rendez-vous dans un immeuble d’entreposage. Spécialiste des expériences atypiques, immersives et in situ, déambulations présentées hors les murs d’un théâtre, dans un lieu qui nourrit l’oeuvre, la metteuse en scène propose cette fois un solo de la Torontoise Erin Shields intitulé Local B-1717.

Heureuse idée, le spectacle est offert en alternance en français et en anglais. Alors que Marie-Ève Milot défend le personnage dans la langue de Molière et la traduction de Maryse Warda, Laurence Dauphinais s’exécute dans la langue de Shakespeare. Notez qu’on aurait souhaité assister en un seul soir aux deux versions, afin d’assouvir notre penchant pour la comparaison, mais qu’un changement d’horaire de la part des producteurs a rendu la chose impossible.

Au rez-de-chaussée de l’Entrepôt Beaumont, une vingtaine de spectateurs font la rencontre d’une jeune femme venue de l’extérieur. Visiblement, celle-ci est assaillie par la peur. Son récit, quoique décousu, est constellé de précieux indices, des éléments qui, au fil des confessions, permettront de tracer les contours du personnage : une femme angoissée et anxieuse, assoiffée d’amour et de reconnaissance, en quête d’équilibre et de plénitude, une femme qui porte et supporte, écoute et encaisse, qui garde ses désirs comme ses souvenirs, ses espoirs comme ses blessures, enfermés à double tour.

Vous aurez compris que le monologue d’Erin Shields, également auteure de Si les oiseaux, une pièce que Geneviève L. Blais avait dirigée au Prospero en 2015, prolonge la démarche féministe que la metteuse en scène poursuit depuis 15 ans. Avec ce spectacle, la créatrice entreprend plus spécifiquement une trilogie sur la remise en question au féminin, un cycle dont les prochains chapitres devraient croiser Cocteau et Jung, le témoignage et l’anthropologie.

Quand l’héroïne nous entraîne au sous-sol par un escalier en colimaçon, la représentation se fait plus intime encore. Chaque spectateur, muni d’une clé, entre dans l’unité qui lui a été attribuée et referme la porte. Dans cet espace clos, restreint et sombre, où une installation cristallise quelques-uns des souvenirs de jeunesse du personnage, se déploie un théâtre mental. Avec sa voix pour seul outil, Marie-Ève Milot suscite alors une grande empathie, traduit de manière poignante le cheminement cathartique d’une femme dont la quête de liberté devient en partie la nôtre.

Local B-1717

Texte : Erin Shields. Traduction : Maryse Warda. Mise en scène : Geneviève L. Blais. À l’Entrepôt Beaumont, en alternance en versions française et anglaise, jusqu’au 22 avril.