«Comment je suis devenu musulman»: un habile mariage des cultures

Les protagonistes de la comédie dramatique cherchent un terrain d’entente.
Photo: Patrick Lamarche Les protagonistes de la comédie dramatique cherchent un terrain d’entente.

Après s’être largement intéressé à la manière dont ses concitoyens sont broyés par les rouages du capitalisme, donnant naissance à des pièces aussi féroces que désopilantes, telles Sauce brune, As is (tel quel) et En cas de pluie, aucun remboursement, Simon Boudreault aborde cette fois, mais avec le même talent parodique, le même sens de la satire, des sujets plus intimes. En se saisissant d’un beau prétexte, d’ailleurs autobiographique, celui du mariage dit mixte, l’auteur de Comment je suis devenu musulman expose avec une grande justesse la puissance des liens familiaux.

N’y allons pas par quatre chemins : le spectacle présenté ces jours-ci à la Licorne est ni plus ni moins qu’une version réussie de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? Contrairement au film discutable de Philippe de Chauveron, mais surtout à la production navrante qu’en ont tiré Emmanuel Reichenbach et Denise Filiatrault, la création de Simoniaques Théâtre s’appuie sur l’intelligence, le doute, la nuance et l’esprit critique. Plutôt que de cultiver l’ignorance, on ose ici aborder de front les questions historique, culturelle, spirituelle et religieuse. Plutôt que de reconduire les clichés et les idées reçues, on prend un malin plaisir à les déconstruire, qui plus est avec vivacité et sensibilité.

Ainsi, là où d’autres opposent les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, les musulmans et les catholiques, les Québécois et les Arabes, les protagonistes de la comédie dramatique cherchent un terrain d’entente, un espace commun dont les habitants seront, forts de leur diversité, riches de leur complexité, à même de préserver le passé, de saisir le présent et d’imaginer l’avenir.


Chassé-croisé

Jean-François (Benoit Drouin-Germain), catholique non pratiquant et athée, et Mariam (Sounia Balha), musulmane, d’origine marocaine, attendent un bébé. Autour de l’épineuse question du mariage, mais surtout des nombreux enjeux qu’elle soulève, s’ensuit entre les deux familles — Michel Laperrière et Marie Michaud d’un côté, Nabila Ben Youssef et Manuel Tadros de l’autre — un irrésistible chassé-croisé.

Sur ce ton désinvolte dont il a le secret, Boudreault parvient à aborder des sujets graves et importants. Entre les membres des deux clans, des personnages bien plus complexes qu’il n’y paraît de prime abord, il est entre autres question de fidélité, en amour comme en amitié, de remords et de regrets, mais aussi de deuil et de réconciliation. S’il manque un tout petit peu d’huile dans les engrenages — les nombreuses manipulations des sièges et des rideaux, notamment, sont encore fastidieuses —, la distribution est relevée et la pièce, riche et sans temps morts, a tout ce qu’il faut pour susciter de saines et nécessaires discussions aux quatre coins du Québec.

Comment je suis devenu musulman

Texte et mise en scène : Simon Boudreault. Une production de Simoniaques Théâtre. À la Licorne jusqu’au 21 avril.